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conte 265LECTURES

Le moineau

Assis sous les noisetiers du jardin, j’écoute les bruits que fait par ses feuilles, ses insectes et ses oiseaux, tout arbre qui ne se méfie pas.
Silencieux, inanimé à notre approche, il se remet à vivre dès qu’il ne nous croit plus là, parce que nous nous taisons comme lui.
Après la visite d’un chardonneret, qui voltige dans les noisetiers, donne aux feuilles quelques coups de bec, et repart sans m’apercevoir, c’est un moineau qui vient se poser sur une branche au-dessus de ma tête.
Bien que déjà dru, il doit être jeune. Il serre la branche avec ses pattes, il ne bouge plus, comme si le vol l’avait fatigué, et il pépie d’un bec tendre. Il ne peut pas me voir et je le regarde longtemps. Puis il me faut bien remuer. Au mouvement que je fais, le moineau ouvre à peine ses ailes et les referme sans inquiétude.
Je ne sais pourquoi je me dresse, machinal, et du bout des lèvres, la main tendue, je l’appelle.
Le moineau, d’un vol gauche, descend de sa branche sur mon doigt !
Je me sens ému comme un homme qui se découvre un charme ignoré jusque-là, comme un rêveur qui souriait par hasard à une femme inconnue et la voit sourire.
Le moineau confiant bat des ailes pour garder son équilibre au bout de mon doigt et son bec est prêt à tout avaler.
Comme je vais le montrer à la famille sûrement émerveillée, notre petit voisin Raoul, qui semblait chercher quelque chose, accourt :
— Ah ! vous l’avez ? dit-il.
— Oui, camarade, je sais les prendre, moi !
— Il s’est sauvé de sa cage, dit Raoul, je le cherche depuis ce matin.
— Comment, c’est le tien ?
— Oui, monsieur. Il y a huit jours que je l’élève. Il commence à voler loin et il reste bien apprivoisé.
— Voilà ton moineau, Raoul ; mais ne le laisse plus s’échapper, sinon je l’étrangle : il me fait des peurs !