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conte 64LECTURES

Le bon numéro

Ce matin-là, comme c’était l’heure, Jacques entra seul à la mairie pour tirer au sort, et son père ému resta devant la porte.
Le petit Paul vint à passer.
— Écoute, lui dit le père de Jacques, fais vite ta prière pour que mon fils amène un bon numéro.
Le petit Paul, qui était un enfant docile, s’agenouilla sur la route, joignit les mains, le bout des doigts à hauteur du front, et remuant les lèvres très vite, il récita une prière qu’il savait par cœur. Et sa prière finie, il se releva. Le père de Jacques, moins agité, lui prit la main et tous deux attendirent.
Et bientôt Jacques sortit de la mairie, le visage rayonnant : il avait un bon numéro.
— Tu vois, dit le père de Jacques au petit Paul, il n’en faut pas plus. C’est le meilleur moyen et ça ne manque jamais.
Tout fier, le petit Paul se mit à chanter une chanson qu’il savait aussi par cœur.
Et douze ans après, devenu homme, il dut tirer au sort à son tour. Il n’eut pas de chance. Il amena un mauvais numéro. Il partit comme soldat pour la guerre, et perdit une jambe à la bataille.
Ainsi Dieu se rattrape toujours.