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conte 116LECTURES

La pluie

Il pleut, il mouille, c’est la fête à la grenouille. Les nuages muets glissent au ciel comme des fumées d’incendie. Tout ce monde qui réclamait de l’eau doit être content. Le foin allait devenir plus cher que le pain. La rivière se faisait toute petite dans son lit, et la terre était sèche au point que, rien qu’à la regarder, on avait soif. Pluie, pluie, mouille, mouille, hache l’air, écrase aux vitres tes perles molles ; tu peux, jusqu’à ce que tu m’ennuies, tomber pour le bien des autres. Je vois là-bas, dans le pré, un cheval que tu rafraîchis. Il cesse de manger l’herbe. Il bouge le moins possible. Il ne perd pas une des gouttes que tu lui donnes. À côté, un bœuf beugle si doucement d’aise qu’à chaque coup il boit une gorgée.
Les arbres ne reçoivent pas tous la pluie de la même façon. Les petits, qui manquent d’habitude, voudraient s’échapper, et leurs feuilles palpitent comme des oiseaux pris. D’autres se mettent en boule comme une femme relève ses jupes gonflées par-dessus sa tête.
Et il en est que la grêle ne troublerait plus et qui se tiennent droits, immobiles, sur un pied.
Une voiture s’éloigne sans bruit, par un chemin de traverse. D’ici, je jurerais qu’il n’y a personne dedans.
On dit qu’il va pleuvoir pendant quarante jours. C’est peu probable. Je ne crois pas à un nouveau déluge. Il ne reste plus assez de méchants sur la terre.