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La neige

De larges flocons d’abord s’écrasent sur le sol, comme de grosses gouttes de pluie déguisées. Puis c’est une chute légère et gaie de fleurs unicolores.
Elles tombent, mais elles volent.
Quelques-unes remontent.
Celle-là se pose imprudemment au bord d’une cheminée qui fume. Celle-là ne s’arrête qu’au fond de la casquette d’un aveugle. Celle-là hésite comme si elle cherchait une branche ou cette petite bouche d’enfant qui s’offre, langue tirée, derrière une fenêtre.
Instantanément les maisons perdent leurs toits, une voiture son couvercle, et le chapeau d’un cocher, tandis que le cheval titube sans ivresse, se débouche.
Des femmes crient et chacune a la prétention d’être plus blanche que les autres. On rit parce qu’un soldat se flanque par terre. C’est toujours drôle. Mais le guerrier se ramasse et glisse de nouveau exprès. Ça n’amuse plus.
Et la neige devient triste. Le bruit des voix, des pas, des roues s’éteint. Seule, une automobile, effrayante et douce, porte au loin quelque nouvelle fatale. La première croisée s’allume, jaune comme une veilleuse près d’un linceul.
Voilà tout le village mort.
Il est temps que, du bout du doigt, au bas de ce petit tableau de neige qui va fondre, je signe.