La mère

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Voici l'homme de l'ironie fine. Les Hisoires naturelles et surtout Poil de carotte, aux nombreuses  adaptations cinématographiques, sont les textes qui le font accéder à une certaine  [+]

Le plus jeune des petits dormait dans son berceau, c’est-à-dire dans une vieille caisse de produits alimentaires cédée par l’épicier du village.
La sœur cadette habillait en poupée une pomme de terre, une des dernières à manger, et elle ne s’apercevait de rien. Mais l’aîné des trois, âgé de sept ans, voyait tout de son coin, et brusquement il se précipita dehors pour crier :
— Maman a fait une poule qui crie ! maman a fait une poule qui crie !
Une voisine accourut, entra et vit la mère.
Elle était appuyée au mur qu’elle déplâtrait de ses ongles, et elle regardait le mur d’en face, droite et blanche, l’air haineux.
Elle avait rendu ainsi, debout, son quatrième qui, encore attaché, vagissait à ses pieds sur le carreau rouge.
La voisine ramassa l’enfant dans son tablier, le porta sur la paillasse du lit et y poussa la mère.
— Et ce matin, lui dit-elle, vous laviez à la rivière !... Y a-t-il du linge au moins chez vous ? un mauvais drap, une serviette ? non... vous n’avez plus d’argent, plus de pain, plus de quoi faire du feu ?... Et votre homme, où est-il ? Aucune nouvelle, depuis neuf mois ?
La mère ne répondait pas. Elle regardait le plafond, de ses yeux taris d’enragée.

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