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nouvelle 152LECTURES

Là-haut ou Notre-Dame de la Salette

Durtal, que les petits détails des voyages horripilaient, avait prié l'abbé de le prendre ainsi qu'un colis, de le transporter à La Salette, sans qu'il eût à s'occuper de la marche des voitures et des trains ; et l'abbé s'était révélé comme un manieur précis d'horaires, comme un stratégiste que rien n'arrête ; il avait aussitôt tracé un plan, tablé sur les avances, prévu les retards, et, ce plan, ils le suivaient à la lettre.

Ils avaient filé, d'une trotte, de Paris à Grenoble, avaient passé une nuit dans cette ville et l'avaient visitée, le lendemain ; le prêtre et Mme Bavoil la connaissaient de longue date, mais Duratl la traversait pour la première fois. Elle lui déplut, car elle sentait le placard et le vieux biscuit, puait démesurément la province. Puis ses curiosités vantées par de facétieux Joanne étaient médiocres ; la statue de Bayard, celle de Jouvin, le marchand de gants, étaient grotesque et le Palais de Justice, la cathédrale étaient rafistolés et mal fardés, reprisés des pieds aux combles.

Mais ce qui ajoutait à l'impression maussade de ce lieu, c'était sa situation même ; bâti au fond d'une cuvette, Grenoble était entouré par des montagnes. Durtal avait beau les regarder, elles ne lui disaient rien. C'était énorme, et c'était terne ; ces masses n'avaient pas l'air d'être vraies. On les eût dit repoussées dans du carton et peintes à la grosse comme des jouets d'enfants ; elles paraissaient arrêter le ciel, n'en laisser passer qu'une partie ; elles écourtaient l'horizon et semblaient étouffer la ville.

– Pour ne point médire Grenoble, il faudrait voir son panorama du haut de l'un de ces monts, fit observer l'abbé : mais nous n'avons à ménager nos jambes et d'ailleurs le temps nous manque.

– Et à quelle heure partons-nous, demain ? demanda Durtal.

– À 8h37 ; nous serons à 9h11 à Saint-Georges-de-Commier ; là, comme les trains concordent, nous prendrons aussitôt la ligne de La Mure et nous arriverons dans ce village, vers midi, pour déjeuner ; nous fréterons aussitôt après une voiture et nous irons coucher à Corps. Il ne nous restera plus, le lendemain matin, qu'à faire l'ascension de La Salette.

– Voilà qui est parfait, répondit Durtal.

Après une nuit glacée d'hôtel, ils quittèrent sans regrets Grenoble. Les wagons de troisième étaient presque pleins, mais les compartiments des secondes étaient vides ; ils eurent la chance d'être seuls.