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poésie 87LECTURES

Le furtif et le mystérieux

À présent rappliqu’ le Furtif
Mossieu l’ Rêveur, dit Crépuscule,
Les cravailleurs rentr’nt et s’ bousculent
C’est l’heure de l’apéritif !

Les pense-à-rien, les crache-impôts
Rumin’nt par tas noirs aux terrasses,
Eun’ bris’ d’amour leur fait la grâce
Ed’ fraîchir un peu leurs tronch’s de veaux.

Les bras ballants et la voix rêche,
Par group’s, au coin des carrefours
Populo gouale ses amours
Et l’ plaisir d’aimer... dans la dèche !

(Enfin tant pis – deux ronds d’ perlo,
Trois sous d’ liqueur, deux sous d’ mensonge,
Deux ronds d’ musique et un sou d’ songe...
Y s’ content’ de rien, Populo !)

(Et ses Dimanch’s, donc, quelle affaire !)
C’est là qu’ faut voir l’ lion populaire
Ballader ses vieux testicules
(Qu’auraient ben besoin d’un coup d’ fion),

Et s’ tasser dans des véhicules
Mal foutus, étroits, mal crépis
Sous l’œil de simili-troufions
Qu’y z’ont des galons au képi !

Malheur ! lui qu’ a pris la Bastille,
Y n’ prend pus que l’ tram du mêm’ nom,
Et y n’ prend pus d’ nombreux canons
Que chez l’ bistrot où qu’y croustille.

L’ Dimanche, y va à la campagne
Chercher des trous et des p’tits coins
Pour contenter ses p’tits besoins
Et engrosser ses pauv’s compagnes

Loin des yeux de l’autorité !
(Tout’s ses audac’s ont l’ mêm’ calibre,
C’est sa magnère à c’ peuple libre
De faire acte de liberté !)

Mais v’là qu’arrive l’heur’ de s’en j’ter :
Dehors, aux tables des gargotes,
L’ Fauv’ Souverain s’empiffre et rote
Avec force et tranquillité,

Tandis qu’ les tram’s jouent d’ la trompette
(Quand c’est qu’y joueront du hautbois !)
Et qu’ dans leurs costum’s de lopettes
Les bicycliss’s y vont au Bois.

J’ vas vous en foutr’, moi, des romances,
Du vague à l’âme et des primeurs,
Tout l’ monde est pas heureux en France,
Gn’en a qui sont d’ mauvaise humeur.

Avant d’ sombrer au coin d’eun’ rue,
(Mézigue, un quasi-bachelier !!!)
L’ bonheur partout et, la nuit v’nue,
Sûr que j’ vas m’ mett’ à aboyer...

Bon ! à présent quoi c’est qu’embaume ?
C’est l’ Mystérieux, c’est l’ Consolant,
L’ Soir endormeur des pauv’s tits mômes,
Qui s’ traîne en douce et à la flan.

L’ Flamboyant flanche et va s’ plumer,
Et la preumière Étoile a brille
Comme un regard de pauvre fille
Dont l’amour s’rait pas estimé.

J’ vas pas pus loin, mon tas chancelle,
Mes paturons y sont trop las,
C’pendant tout vit, éclat’, ruisselle,
Ça sent la vierge et les lilas !

V’là la Négress’, les lamp’s s’allument,
Tous les bécans sont au pagnier,
Sûr que j’ vas m’ planquer su’ l’ bitume,
(Gn’a qu’eun’ façon d’êt’ printanier).

L’Existence est comm’ démanchée,
Tout vous a un air innocent
Et y gn’a pas jusqu’au croissant
Qui ne vous prenn’ des airs penchés !

Oh ! que c’est mignon les lueurs
Qu’on voit partout superposées
À chaque étage, à tout’s croisées,
(Sûr, que ce soir gn’a qu’ du bonheur !)

C’est des abat-jour transparents,
Cœurs en fafiots brûlants d’ tendresse,
(Oh ! les ceuss qui, ce soir d’ivresse,
Ont pas d’ chérie et pas d’ parents !)

V’là des insecqu’s par tourbillons,
Qui, dès qu’y sont nés, lâch’nt la rampe,
Pis des phalèn’s, des papillons
Qui vont s’ rôtir à tout’s les lampes,

Et j’ me figur’ qu’ c’est mes désirs
(Lesquels n’ont guère eu l’ temps d’ moisir)
Qui vont itou se griller l’aile
Aux clartés roides du Réel.

Des Enlacés pass’nt deux par deux
(Comm’ la Mort toujours près d’ la Vie)
Y m’ frôl’nt, y vont – je m’ fais des ch’veux
Car moi j’ suis seul et ça m’ennuie,

Mais l’ ciel s’ met eun’ si bell’ liquette,
L’ensemble il a l’air si joyeux,
Y fait si doux, y fait si chouette
Qu’ ça s’rait p’-têt’ vrai qu’y a un Bon Guieu !