L’Étrangleur

1 min
142
lectures
0

Jehan Rictus est le surnom de Gabriel Randon. Ce poète de la langue des faubourgs, faite d'argot et de parler populaire, chante la vie des simples, des pauvres, des ouvriers. Rictus a basé toute  [+]

Chanson sur le mode archaïque
(Argot d’escarpe)

(Ah ! la Vieill’, la Vieill’, la Vieille,
Qui croyait avoir quinze ans.)
(Ronde enfantine.)

Je l’ai apaisée,
la Vieille, la Vielle,
et j’ai ratissé
son jaune et son blanc.

– « Toc toc ! Débouclez,
c’est h’un babillant
que vous a torché
votre jeune amant ! »
Cric, crac... J’ m’ai filé
dans l’appartement,
et hop ! j’ai serré
la Vieille lisant.

« Rrrâh !... » a veut r’nâcler !
– « Gueulez pas, Moman ! »
Mais all’ me gratigne
et me mord au sang.

Crott’ ! j’ai pus r’gardé,
j’ai foncé dedans,
et j’ vous l’ai emm’née
tout comme un bêlant.

Choppe un égledon,
Yi fous dans les dents,
et j’ m’allonge ed’ssus
un petit moment.
Ah ! la vieill’carcasse,
ah ! le vieux carcan !
Comme y ressautait
son vieux Palpitant.

Riboule des châsses
la Vieille râlant
et pis... c’est gagné :
la v’là qui s’ détend.

Lardé les puciers
faussé les meublants,
riflé ses talbins
et ses frétillants.

Vrai, moi que j’ f’rais pas
d’tort à eun’ volaille,
c’était du travail
pour un débutant.
Tout ça pour ma largue ;
j’ suis pas regardant.
Bah ! y faut qu’un coup,
Charlot nous attend.

Pauv’ vieill’, pauv’ Mémée
a t’nait aux z’argents
et c’est, par le fait,
ma mistonne aimée
qui n’a ses limaces
et ses décorans.

Mais d’jà d’pis quéqu’ temps,
au fond d’ mon sommeil,
y m’ sonne à l’oreille
loin... comme eune enclume.
Alors, ça m’ réveille :
et j’arr’vois la Vieille,
la garce de Vieille,
la Vieill’ qui m’allume
avec ses yeux blancs.

À moi ! Bon !... j’étouffe,
j’ suis piqué, j’ suis loufe,
on veut m’ faire au quique ;
c’est chacun son tour.

Qu’il y vienne el’mec
qu’en veut à ma tronche,
j’y f’rai avaler
un bout d’ma rallonge,
chacun ses z’ognons
et moi mes amours.
Les garçons d’mon poil
y leur faut d’la cuisse
du treffe et du caire,

car c’est pas malin
de n’pas tourner pègre
quand qu’on a l’ventr’ plein,
le morlingue au pèze,

et ça d’pis toujours.
0
0