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poésie 102LECTURES

L’Étrangleur

Chanson sur le mode archaïque
(Argot d’escarpe)

(Ah ! la Vieill’, la Vieill’, la Vieille,
Qui croyait avoir quinze ans.)
(Ronde enfantine.)

Je l’ai apaisée,
la Vieille, la Vielle,
et j’ai ratissé
son jaune et son blanc.

– « Toc toc ! Débouclez,
c’est h’un babillant
que vous a torché
votre jeune amant ! »
Cric, crac... J’ m’ai filé
dans l’appartement,
et hop ! j’ai serré
la Vieille lisant.

« Rrrâh !... » a veut r’nâcler !
– « Gueulez pas, Moman ! »
Mais all’ me gratigne
et me mord au sang.

Crott’ ! j’ai pus r’gardé,
j’ai foncé dedans,
et j’ vous l’ai emm’née
tout comme un bêlant.

Choppe un égledon,
Yi fous dans les dents,
et j’ m’allonge ed’ssus
un petit moment.
Ah ! la vieill’carcasse,
ah ! le vieux carcan !
Comme y ressautait
son vieux Palpitant.

Riboule des châsses
la Vieille râlant
et pis... c’est gagné :
la v’là qui s’ détend.

Lardé les puciers
faussé les meublants,
riflé ses talbins
et ses frétillants.

Vrai, moi que j’ f’rais pas
d’tort à eun’ volaille,
c’était du travail
pour un débutant.
Tout ça pour ma largue ;
j’ suis pas regardant.
Bah ! y faut qu’un coup,
Charlot nous attend.

Pauv’ vieill’, pauv’ Mémée
a t’nait aux z’argents
et c’est, par le fait,
ma mistonne aimée
qui n’a ses limaces
et ses décorans.

Mais d’jà d’pis quéqu’ temps,
au fond d’ mon sommeil,
y m’ sonne à l’oreille
loin... comme eune enclume.
Alors, ça m’ réveille :
et j’arr’vois la Vieille,
la garce de Vieille,
la Vieill’ qui m’allume
avec ses yeux blancs.

À moi ! Bon !... j’étouffe,
j’ suis piqué, j’ suis loufe,
on veut m’ faire au quique ;
c’est chacun son tour.

Qu’il y vienne el’mec
qu’en veut à ma tronche,
j’y f’rai avaler
un bout d’ma rallonge,
chacun ses z’ognons
et moi mes amours.
Les garçons d’mon poil
y leur faut d’la cuisse
du treffe et du caire,

car c’est pas malin
de n’pas tourner pègre
quand qu’on a l’ventr’ plein,
le morlingue au pèze,

et ça d’pis toujours.