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fable 244LECTURES

Les deux chats

Deux chats qui descendaient du fameux Rodilard,
et dignes tous les deux de leur noble origine,
Différaient d'embonpoint. L'un était gras à lard;
C'était l'aîné: sous son hermine,
D'un chanoine il avait la mine,
Tant il était dodu, potelé, frais et beau.
Le cadet n'avait que la peau
Collée à sa tranchante échine.
Cependant ce cadet, du matin jusqu'au soir,
De la cave à la gouttière
Trottait, courait, il fallait voir!
Sans en faire meilleure chère.
Enfin, un jour, au désespoir,
I1 tint ce discours à son frère:
Explique-moi par quel moyen,
Passant ta vie à ne rien faire,
Moi travaillant toujours, on te nourrit si bien,
Et moi si mal. –La chose est claire,
Lui répondit l'aîné: tu cours tout le logis
Pour manger rarement quelque maigre souris.
–N'est ce pas mon devoir?–D'accord, cela peut être;
Mais moi, je reste auprès du maître,
Je sais l'amuser par mes tours.
Admis à ses repas, sans qu'il me réprimande,
Je prends de bons morceaux, et puis je les demande
En faisant patte de velours;
Tandis que toi, pauvre imbécile,
Tu ne sais rien que le servir.
Va, le secret de réussir,
C'est d'être adroit, non d'être utile.