Le loup, la chèvre et le chevreau

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Fabuliste, moraliste, poète, La Fontaine traverse le Grand Siècle avec suffisamment d'esprit pour rester à l'écart de la Cour. Si dans les Fables il s'inspire très largement des textes du grec  [+]

La Bique allant remplir sa traînante mamelle,
Et paître l’herbe nouvelle,
Ferma sa porte au loquet ;
Non sans dire à son Biquet ;
Gardez-vous sur votre vie
D’ouvrir, que l’on ne vous die
Pour enseigne et mot du guet,
Foin du Loup et de sa race.
Comme elle disait ces mots,
Le Loup de fortune passe.
Il les recueille à propos,
Et les garde en sa mémoire.
La Bique, comme on peut croire,
N’avait pas vu le glouton.
Dés qu’il la voit partie, il contrefait son ton ;
Et d’une voix papelarde
Il demande qu’on ouvre, en disant Foin du Loup,
Et croyant entrer tout d’un coup.
Le Biquet soupçonneux par la fente regarde.
Montrez-moi patte blanche, ou je n’ouvrirai point,
S’écria-t-il d’abord (patte blanche est un point
Chez les Loups comme on sait rarement en usage.)
Celui-ci fort surpris d’entendre ce langage,
Comme il était venu s’en retourna chez soi.
Où serait le Biquet s’il eût ajouté foi
Au mot du guet, que de fortune
Notre Loup avait entendu ?
Deux sûretés valent mieux qu’une :
Et le trop en cela ne fut jamais perdu.
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