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fable 62LECTURES

L'aigle, la laie et la chatte

L’Aigle avait ses petits au haut d’un arbre creux
La Laie au pied, la Chatte entre les deux :
Et sans s’incommoder, moyennant ce partage
Mères et nourrissons faisaient leur tripotage.
La Chatte détruisit par sa fourbe l’accord.
Elle grimpa chez l’Aigle, et lui dit : Notre mort,
(Au moins de nos enfants, car c’est tout un aux mères)
Ne tardera possible guère.
Voyez-vous à nos pieds fouir incessament
Cette maudite Laie, et creuser une mine ?
C’est pour déraciner le chêne assurément,
Et de nos nourrissons attirer la ruine.
L’arbre tombant ils seront dévorés :
Qu’ils s’en tiennent pour assurés.
S’il m’en restait un seul j’adoucirais ma plainte.
Au partir de ce lieu qu’elle remplit de crainte,
La perfide descend tout droit
À l’endroit
Où la Laie était en gésine.
Ma bonne amie et ma voisine,
Lui dit-elle tout bas, je vous donne un avis.
L’Aigle, si vous sortez, fondra sur vos petits :
Obligez-moi de n’en rien dire.
Son courroux tomberait sur moi.
Dans cette autre famille ayant semé l’effroi,
La Chatte en son trou se retire.
L’Aigle n’ose sortir, ni pourvoir aux besoins
De ses petits : La Laie encore moins :
Sottes de ne pas voir que le plus grand des soins
Ce doit être celui d’éviter la famine.
À demeurer chez soi l’une et l’autre s’obstine ;
Pour secourir les siens dedans l’occasion :
L’Oiseau Royal en cas de mine,
La Laie en cas d’irruption.
La faim détruisit tout : il ne resta personne
De la gent Marcassine et de la gent Aiglonne,
Qui n’allât de vie à trépas ;
Grand renfort pour Messieurs les Chats.

Que ne sait point ourdir une langue traîtresse
Par sa pernicieuse adresse ?
Des malheurs qui sont sortis
De la boîte de Pandore,
Celui qu’à meilleur droit tout l’Univers abhorre,
C’est la fourbe à mon avis.