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poésie 78LECTURES

Contre les riches avares

Plus opulent qu’avec les trésors intacts des Arabes et les richesses de l’India, tu peux combler de tes constructions la mer Tyrrhénienne et la mer Apulique ; mais si la rude Nécessité enfonce ses clous d’acier à ton front dressé, tu ne déroberas ni ton âme à la terreur, ni ta tête aux filets de la mort. Les Scythes des plaines, dont les chars traînent les demeures vagabondes, vivent mieux que toi, et les Gètes austères aussi, à qui des arpents non partagés produisent des fruits et des récoltes sans maîtres, qui ne cultivent pas plus d’une année, celui qui succède faisant une part égale à celui qui a cessé de travailler. Là, point de femme cruelle aux enfants sans mère. L’épouse dotée ne gouverne point son mari, et ne se fortifie point contre lui d’un bel amant. La meilleure dot est la vertu des pères, la chasteté dans une alliance respectée et la crainte de tout autre homme. Il est défendu de faillir, ou la mort en est le prix. Oh ! si quelqu’un veut arrêter les meurtres impies et réprimer la rage des guerres civiques, s’il veut qu’on grave sur ses statues qu’il est le père des villes, qu’il ose refréner la licence indomptée et qu’il s’illustre ainsi parmi nos descendants ! Car, hélas ! envieux, nous haïssons la vertu vivante et nous cherchons des yeux celle qui a disparu. Pourquoi nos lamentations, si le mal n’est pas retranché par le supplice ? À quoi servent de vaines lois, sans les mœurs, si ni la partie du monde en proie aux brûlantes chaleurs, ni le bord voisin du Boréas, ni le sol où durcissent les neiges n’éloignent le marchand ? si les matelots rusés triomphent des mers orageuses ? si la pauvreté, ce grand opprobre, pousse à tout faire et à tout souffrir et abandonne l’âpre chemin de la vertu ? Soit dans le Capitolium, où nous appellent les clameurs et la foule qui applaudit, soit à la mer prochaine, portons, si nous nous repentons de nos crimes, nos perles, nos pierres précieuses, notre or inutile, d’où vient tout le mal. Il faut que les germes de notre cupidité dépravée soient extirpés, et que les âmes amollies se retrempent à de plus mâles soucis. L’enfant de libre race ne sait plus se tenir à cheval, il craint de chasser, et il est plus habile au jeu, soit au cerceau Græc, soit aux dés proscrits par les lois ; tandis que la foi parjure d’un père trompe le parent, l’allié, l’hôte, et amasse l’argent pour un héritier indigne. Ses mauvaises richesses croissent sans cesse, et cependant il leur manque toujours je ne sais quelle chose.