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Double ballade sur le même propos

Pour ce, aymez tant que vouldrez,
Suyvez assemblées et festes,
En la fin jà mieulx n’en vauldrez,
Et sy n’y romprez que vos testes :
Folles amours font les gens bestes :
Salmon en idolatrya ;
Samson en perdit ses lunettes...
Bien heureux est qui rien n’y a !

Orpheus, le doux menestrier,
Jouant de flustes et musettes,
En fut en dangier du meurtrier
Bon chien Cerberus à troys testes ;
Et Narcissus, le bel honnestes,
En ung profond puys se noya,
Pour l’amour de ses amourettes...
Bien heureux est qui rien n’y a !

Sardana, le preux chevalier,
Qui conquist le regne de Crètes,
En voult devenir moulier
Et filer entre pucellettes.
David ly roy, saige prophètes,
Craincte de Dieu en oublya,
Voyant laver cuisses bien faictes...
Bien heureux est qui rien n’y a !

Ammon en voult deshonnorer,
Feignant de manger tartelettes,
Sa soeur Thamar, et deflorer,
Qui fist choses moult deshonnestes ;
Herodes (pas ne sont sornettes)
Sainct Jean-Baptiste en decolla,
Pour dances, saultz et chansonnettes...
Bien heureux est qui rien n’y a !

De moy, pauvre, je veuil parler ;
J’en fuz batu, comme à ru telles,
Tout nud, jà ne le quiers celer.
Qui me feit mascher ces groiselles,
Fors Katherine de Vauselles ?
Noé le tiers ot, qui fut là.
Mitaines à ces nopces telles,
Bien heureux est qui rien n’y a !

Mais que ce jeune bachelier
Laissast ces jeunes bachelettes,
Non ! et, le deust-on vif brusler,
Comme ung chevaucheur d’escovettes.
Plus doulces luy sont que civettes ;
Mais toutesfoys fol s’y fia :
Soient blanches, soient brunettes,
Bien heureux est qui rien n’y a !