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J’ai tant vécu, chétif, en ma langueur

J’ai tant vécu, chétif, en ma langueur,
Qu’or j’ai vu rompre, et suis encore en vie,
Mon espérance avant mes yeux ravie,
Contre l’écueil de sa fière rigueur.

Que m’a servi de tant d’ans la longueur ?
Elle n’est pas de ma peine assouvie :
Elle s’en rit, et n’a point d’autre envie,
Que de tenir mon mal en sa vigueur.

Donques j’aurai, malheureux en aimant
Toujours un cœur, toujours nouveau tourment.
Je me sens bien que j’en suis hors d’haleine,

Prêt à laisser la vie sous le faix :
Qu’y ferait-on sinon ce que je fais ?
Piqué du mal, je m’obstine en ma peine.