Lettre II du 11 juin 1867

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D'origine russe, Sophie Rostopchine, dite Comtesse de Ségur, fut la première femme auteur pour enfant. Le succès des Malheurs de Sophie n'a jamais cessé de grandir avec le temps, et l'on ne  [+]

Les Nouettes, 1867, 11 juin.

Mon cher petit Jacques chéri, j’ai su par ta tante Henriette que tu avais assisté à la grande revue de Longchamp ; j’espère que tu as pu voir les empereurs, rois, princes, grands-ducs, taikoune, etc., et surtout les beaux régiments de cavalerie arrivant au galop sous la tribune des souverains et s’arrêtant court sans déformer les rangs. Tu as vu ensuite l’attentat contre les empereurs revenant en voiture de la revue. Le malheureux qui a tiré sur le czar a son père en Sibérie ; sa mère est morte pendant le voyage de Sibérie ; sa sœur, restée seule, a été en butte aux plus cruels traitements de la part de l’escorte. Tous ces souvenirs ont tourné la tête du malheureux Polonais et il a fait l’acte de folie qui va le mener à l’échafaud. Il a manqué tuer notre empereur en visant le sien ; heureusement qu’il n’y a personne de tué ni de blessé, sauf l’assassin qui a deux doigts coupés par les éclats du pistolet qui était trop chargé.

Papa vient de t’acheter un très joli petit cheval pour les vacances ; il est très doux et très vif pourtant. Ce qu’il faudrait avec cela, ce serait un compagnon de promenade ; car sortir seul est dangereux pour un enfant qui n’a pas de force ni de défense contre son cheval et les passants malveillants. Depuis que Louis est ici, il a travaillé énormément au petit jardin ; mais depuis trois jours, ce sont les foins qui l’entraînent. Il aime énormément Henriette ; malheureusement elle est tombée malade hier d’un mal de gorge accompagné de fièvre ; elle est dans son lit ; Camille a eu aussi depuis quatre jours une angine ; elle se lèvera ce soir pour la première fois. Nous autres, nous allons bien. Adieu, cher enfant, je t’embrasse bien tendrement et je t’aime énormément.

Grand’mère de Ségur.

Tes tantes, cousines et cousins de Malaret et Fresneau t’embrassent tous.

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