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lettre 52LECTURES

Lettre du 4 juillet 1870

Kermadio, 1870, 4 juillet.

Cher enfant, je ne puis être avec toi mercredi, le jour de ta sortie, mais sois sûr que je t’accompagnerai chez ton oncle et à ton pèlerinage de Notre-Dame des Victoires, par la pensée... Tu sais, mon cher petit bien-aimé, que je suis obligée de passer à Kermadio tout le mois d’août, à cause de ton oncle Gaston. Il ne peut pas aller aux Nouettes qui seront inhabitées pour cause d’absence aux eaux de ta tante Cécile et de ton oncle Anatole à Kermadio. Alors ton oncle viendra me rejoindre à Kermadio le 7 ou 8 août et y restera jusqu’au 10 septembre. Je ne pourrai l’y laisser sans moi, puisque c’est pour moi qu’il y vient. Je suis très peinée de devoir sacrifier ainsi un bon mois du temps que j’ai à vous voir à Livet, mais je ne puis faire autrement ; le devoir est souvent pénible et l’on ne doit pourtant pas s’en affranchir. Et ton oncle Gaston ne peut pas s’installer aux Nouettes pour son repos des vacances, parce qu’il n’y trouverait personne pour le recevoir.

Par exemple, ce sera moi qui te ramènerai en octobre, et je serai exacte à te visiter cette année, si le bon Dieu ne m’envoie pas un retour de ma maladie de l’année dernière. Je vais bien, ma tête ne tourne presque plus ; et du reste je me porte fort bien. Louis de Malaret sort demain, à sa grande joie. Je l’autorise à acheter un vaisseau de 7 à 8 fr. qu’il fera voguer sur la mer de Vannes ; et pour commencer, sur la mer de Kermadio, car ce marchand de vaisseaux (qui est un marin) est sur la route de Vannes à Kermadio. Louis va arriver avec son vaisseau, demain, pour déjeuner. Adieu, mon cher bon petit Jacques, je t’embrasse bien tendrement et je te charge de bien embrasser ton bon oncle et M. l’abbé, et dédire bien des amitiés à Méthol. Adieu, chéri ; tout le monde ici, cousins, cousines, oncles et tantes, t’embrassent. Élisabeth me demande de t’embrasser très particulièrement.

Grand’mère de Ségur.