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lettre 36LECTURES

Lettre du 16 décembre 1870

Kermadio, 16 décembre 1870.

Cher enfant, maman m’a fait part de tes bonnes places, de ta mention honorable, de ta sortie de faveur ; je n’en ai pas été surprise, car j’ai l’habitude de te voir bien noté, bien placé, mais je n’en suis pas moins très contente... J’ai bien des petites poches à garnir, sans compter les grosses qui crient misère à cause des changements de position et de fortune amenés par la chute du gouvernement impérial. Pourtant, si tu as besoin de choses utiles comme des répétitions, des vêtements, des raccommodages de montre, demande-le-moi sans te gêner ; tu l’auras... Le petit Armand est très gentil et très pieux ; il fera sa première communion l’année prochaine ; il a une envie extrême de te voir.

Peut-être pourras-tu, aux vacances prochaines, passer deux ou trois jours à Kermadio. Il y aura à faire un immense abatis de pies, de geais, de chouettes qui dévastent la basse-cour et que personne ne tue ; si tu avais ton fusil, tu t’amuserais à tuer toutes ces méchantes bêtes, sans compter les écureuils qui remplissent les bois, et les renards et lièvres qui. se promènent comme des présidents, sans être chassés... Adieu, cher petit chéri, je t’embrasse bien tendrement ; je vais mieux de la tête... Ton oncle Gaston a prêché cette semaine une retraite au séminaire de Vannes...

... Je t’enverrai incessamment une jolie dizaine de chapelets et une statuette en argent de sainte Anne ; le tout béni et indulgencié par ton oncle. Adieu, chéri, je t’embrasse.

Grand’mère de Ségur.