Temps de lecture
1
min
lettre 42LECTURES

Lettre du 11 juin 1867

Les Nouettes, 1867, 11 juin.

Mon cher et bon petit Jacques, Léon m’a écrit qu’il t’avait trouvé en très bonne santé, que tu avais été premier en analyse et que tu étais très content. Louis, qui est ici depuis douze jours, travaille beaucoup au petit jardin ; il a semé des pois, des haricots, des salades qui viennent très bien ; lui et le petit Gaston ont ramé ce matin leur petit carré de pois, qui sont hauts comme cette feuille de papier. Ils se fout un chemin à travers bois pour rejoindre l’allée de ton oncle Gaston ; le sécateur coupe, taille des branches grosses comme le pouce. Louis regrette bien que tu ne sois pas là pour diriger les travaux. Il espère te faire manger aux vacances quatre lapins qu’il élève et qu’il nourrit avec un tel soin qu’il y en a déjà un mort d’indigestion ; il leur donne à manger par jour deux petites charrettes pleines de légumes et d’herbe. On dit qu’il y a tant d’étrangers à Paris qu’on ne trouve plus de voitures ; les chevaux tombent morts de fatigue ; on campe dans les corridors et sur les escaliers des hôtels ; on ne trouve pas à manger ; on se bat dans les restaurants ; heureux ceux qui ont un abri et à manger chez des amis. Le sultan va arriver avec une suite de cinq cents personnes ; l’empereur de la Chine veut aussi se mettre en route pour voir Paris et l’Exposition. Tous les rois et les empereurs viennent à leur tour, sans compter les pauvres principicules d’Allemagne, détrônés et volés par la Prusse et l’Italie. Si j’étais à Paris, je serais désolée, car je ne pourrais pas aller te voir, faute de fiacres ou remises. J’espère que tu sortiras jeudi.
Adieu, mon petit chéri, je t’aime et je t’embrasse bien tendrement.

Grand’mère de Ségur.