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lettre 35LECTURES

Lettre du 11 décembre 1864

Kermadio, 11 décembre 1864.

Cher petit Jacquot, Henriette a reçu ta lettre qui est si bien écrite que nous avons tous cru que c’était papa qui te l’avait tracée au crayon et que tu n’avais fait que la repasser à l’encre ; mais maman m’a écrit que c’était toi seul qui avais si bien écrit, et tout le monde se joint à moi pour te faire compliment de tes rapides progrès et pour complimenter aussi papa qui a si vite formé un si bon élève. Dis à maman que je tâcherai à Paris de te trouver des livres d’étude amusants et faciles à comprendre, dans le genre du Manuel des Salles d’asile que j’ai donné à maman pour toi ; un gros livre rouge et or, où il y a les commencements de tout : catéchisme, histoire, grammaire, géographie, calcul, etc.

Je veux aussi commencer cet hiver des livres utiles et agréables pour les enfants ; je tâcherai de faire vite une grammaire et un livre de calcul pour toi. Nous sommes débarrassés du loup depuis quinze jours ; il a été à quatre lieues d’ici dans un village qu’on appelle Kraq, où il a mangé une belle génisse ; les habitants se sont fâchés ; ils l’ont chassé et ils lui ont cassé une patte d’un coup de fusil ; de sorte qu’on le voit peu et il traîne péniblement sa patte cassée ; il n’est pas revenu à Kermadio ; j’espère que les habitants de Kraq achèveront de le tuer. Adieu, mon cher bon petit Jacquot.

Adieu, mon bon petit chéri.

Grand’mère de Ségur.