Lettre du 10 octobre 1871

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D'origine russe, Sophie Rostopchine, dite Comtesse de Ségur, fut la première femme auteur pour enfant. Le succès des Malheurs de Sophie n'a jamais cessé de grandir avec le temps, et l'on ne  [+]

Malaret, 10 octobre 1871.

Mon cher petit Jacques chéri, je suis arrivée très heureusement et sans trop de fatigue, après avoir couché à Bordeaux. Figure-toi qu’à l’hôtel, que je trouvais si excellent, on m’a fait tout payer fort cher ; ainsi tu ne croirais pas que notre déjeuner de mardi a coûté 40 fr., et tu sais que nous n’avons eu que des choses fort simples et en quantité modérée. En revenant à Poitiers, je crois que j’essaierai d’un autre. Je me porte très bien ; j’ai vu Louis en descendant de wagon ; ta tante de Malaret, qui m’attendait à la gare, m’a menée tout de suite au collège ; le père V... (Recteur), qui est très bon, a permis que Louis restât avec nous pendant la promenade et jusqu’à l’étude ou la classe. Louis a beaucoup demandé de tes nouvelles et voudrait bien te voir ; il est très grand, un peu plus grand que toi ; il est très content au collège ; il a été cinquième (thème latin), après une interruption d’étude de cinq mois à cause de sa santé. Les eaux de Cauterets lui ont fait beaucoup de bien.....

Malaret est charmant et a de partout une vue admirable d’une étendue de plus de 25 kilomètres, avec les Pyrénées au bout de l’horizon. Embrasse bien mon petit Paul pour moi et donne-lui de mes nouvelles. Il n’y a pas de gibier à Malaret ; quelques lapins et quelques cailles. Toi, tu ne t’y plairais pas beaucoup ; mais il y a beaucoup de voisinage très agréable ; des jeunes gens partout. Gaston commence à monter à cheval ; son père l’accompagne en tenant par une longe le cheval de Gaston ; ils trottent et galopent pendant une bonne heure ; ton oncle est très complaisant pour ses enfants ; il les accompagne et les mène à cheval ou en voiture quand ils veulent. Adieu, mon petit chéri, je t’embrasse bien tendrement avec Paul. Dis-moi comment vous êtes tous les deux. Ta tante, ton oncle, Camille, Madeleine et Gaston t’embrassent et conservent de toi un excellent souvenir.

Grand’mère de Ségur.

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