Puis qu'ay perdu ma doulce nourriture

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Christine de Pizan gagna sa vie en écrivant : elle fut la première femme à vivre de sa plume. Son chef-d'œuvre, La Cité des Dames illustres, est une allégorie où différentes figures  [+]

Helas ! helas ! bien puis crier et braire,
Quant j'ay perdu ma mere et ma nourrice,
Qui doulcement me souloit faire taire.
Or n'y a mais ame qui me nourrice,
Ne qui ma faim de son doulz lait garisse.
Jamais de moy nul ne prendra la cure,
Puis qu'ay perdu ma doulce nourriture.

Plaindre et plourer le doy bien mon affaire;
Car je me sens povre, foiblet et nyce,
Et non sachant pour aucun proffit faire;
Car jeune suis de sens et de malice.
Or convendra qu'en orphanté languisse,
Et que j'aye mainte male aventure,
Puis qu'ay perdu ma doulce nourriture.

Le temps passé, a tous souloie plaire,
Et m'offroit on honneurs, dons et service,
Quant ma mere la doulce et debonnaire
Me nourrissoit ; or fault que tout tarrisse,
Et qu'a meschief et a doleur perisse
Plein de malons et de pouvre enfonture,
Puis qu'ay perdu ma doulce nourriture.
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