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poésie 180LECTURES

Souvenir

Le ciel aux lueurs apaisées.
Rougissait le feuillage épais.
Et d’un soir de mai, doux et frais,
On sentait perler les rosées.

Tout le jour, le long des sentiers,
Vous aviez, aux mousses discrètes,
Cueilli les pâles violettes,
Et défleuri les églantiers.

Vous aviez fui, vive et charmée,
Par les taillis, en plein soleil,
Un flot de sang jeune et vermeil
Pourprait votre joue animée.

L’écho d’argent de votre voix
Avait sonné sous les yeuses,
D’où les fauvettes envieuses
Répondaient toutes à la fois.

Et rien n’était plus doux au monde
Que de voir, sous les bois profonds,
Vos yeux si beaux, sous leurs cils longs,
Étinceler, bleus comme l’onde !

Ô jeunesse, innocence, azur !
Aube adorable qui se lève !
Vous étiez comme un premier rêve
Qui fleurit au fond d’un cœur pur !

Le souffle des tièdes nuées,
Voyant les roses se fermer,
Effleurait, pour s’y parfumer,
Vos blondes tresses dénouées.

Et déjà vous reconnaissant
À votre grâce fraternelle,
L’étoile du soir, blanche et belle,
S’éveillait à l’Est pâlissant.

C’est alors que, lasse, indécise,
Rose, et le sein tout palpitant,
Vous vous blottîtes un instant
Dans le creux d’un vieux chêne assise.

Un rayon, par l’arbre adouci,
Teignait de nuances divines
Votre cou blanc, vos boucles fines :
Que vous étiez charmante ainsi !

Autour de vous les rameaux frêles,
En vertes corbeilles tressés,
Enfermaient vos bras enlacés,
Comme un oiseau fermant ses ailes.

Ou comme la Dryade enfant,
Qui dort, s’ignorant elle-même,
Et va rêver d’un dieu qui l’aime
Sous l’écorce qui la défend ! 

Nous vous regardions en silence.
Vos yeux étaient clos ; dormiez-vous ?
Dans quel monde joyeux et doux
L’emportais-tu, jeune espérance ?

Lui disais-tu qu’il est un jour
Où, loin de la terre natale,
La vierge, d’une aile idéale,
S’envole au ciel bleu de l’amour ?

Qui sait ? L’oiseau sous la feuillée
Hésite et n’a point pris l’essor,
Et la Dryade rêve encor,
Un Dieu ne l’a point éveillée !