Temps de lecture
1
min
poésie 80LECTURES

Médailles antiques

I

Celui-ci vivra, vainqueur de l’oubli,
Par les Dieux heureux ! Sa main sûre et fine
A fait onduler sur l’onyx poli
L’écume marine.

Avec le soleil, douce, aux yeux surpris,
Telle qu’une jeune et joyeuse reine,
On voit émerger mollement Kypris
De la mer sereine.

La déesse est nue et pousse en nageant
De ses roses seins l’onde devant elle ;
Et l’onde a brodé de franges d’argent
Sa gorge immortelle.
Ses cheveux dorés aux flots embellis
Roulent sans guirlande et sans bandelettes ;
Tout son corps charmant brille comme un lys
Dans les violettes.

Elle joue et rit ; et les gais dauphins,
Agitant autour nageoires et queues,
Pour mieux réjouir ses regards divins
Troublent les eaux bleues.

II

Les belles filles aux pressoirs
Portent sur leur tête qui ploie,
À pleins paniers, les raisins noirs ;
Les jeunes hommes sont en joie.
Ils font jaillir avec vigueur
Le vin nouveau des grappes mûres ;
Et les rires et les murmures
Et les chansons montent en chœur.

Ivres de subtiles fumées,
Les vendangeurs aux cheveux blancs
Dansent avec des pieds tremblants
Autour des cuves parfumées ;
Et non loin, cherchant un lit frais,
Éros, qui fait nos destinées,
À l’ombre des arbres épais
Devance les lents hyménées.

III

Ni sanglants autels, ni rites barbares.
Les cheveux noués d’un lien de fleurs,
Une ionienne aux belles couleurs
Danse sur la mousse, au son des kithares.
Ni sanglants autels, ni rites barbares :
Des hymnes joyeux, des rires, des fleurs !

Satyres ni Pans ne troublent les danses.
Un jeune homme ceint d’un myrte embaumé
Conduit de la voix le chœur animé ;
Éros et Kypris règlent les cadences.
Satyres ni Pans ne troublent les danses :
Des pieds délicats, un sol embaumé !

Ni foudres ni vents dont l’âme s’effraie.
Dans le bleu du ciel volent les chansons ;
Et de beaux enfants servent d’échansons
Aux vieillards assis sous la verte haie.
Ni foudres ni vents dont l’âme s’effraie :
Un ciel diaphane et plein de chansons !

IV

Sur la montagne aux sombres gorges
Où nul vivant ne pénétra,
Dans les antres de Lipara
Héphaistos allume ses forges.

Il lève, l’illustre Ouvrier,
Ses bras dans la rouge fumée,
Et bat sur l’enclume enflammée
Le fer souple et le dur acier.

Les tridents, les dards, les épées
Sortent en foule de sa main ;
Il forge des lances d’airain,
Des flèches aux pointes trempées.

Et Kypris, assise à l’écart,
Rit de ces armes meurtrières,
Moins puissantes que ses prières,
Moins terribles que son regard.

V

Le divin Bouvier des monts de Phrygie
Goûte, les yeux clos, l’éternel sommeil ;
Et de son beau corps, dans l’herbe rougie,
Coule un sang vermeil.
En boucles de lin, sur la pâle joue
Qu’enviaient les fruits honneur des vergers,
Tombent, du réseau pourpré qui les noue,
Ses cheveux légers.

Voici Kythèrè, l’Amante immortelle,
Qui gémit et pleure auprès du Bouvier.
Les Éros chasseurs tiennent devant elle
Le noir sanglier ;

Lui, pour expier d’amères offenses,
D’un autel qui fume attisant le feu,
Consume et punit ses blanches défenses
D’avoir fait un Dieu.