Temps de lecture
1
min
poésie 1342LECTURES

À celle qui est trop gaie

Ta tête, ton geste, ton air 
Sont beaux comme un beau paysage ; 
Le rire joue en ton visage 
Comme un vent frais dans un ciel clair. 

Le passant chagrin que tu frôles 
Est ébloui par la santé 
Qui jaillit comme une clarté 
De tes bras et de tes épaules.

Les retentissantes couleurs 
Dont tu parsèmes tes toilettes 
Jettent dans l'esprit des poètes 
L'image d'un ballet de fleurs.

Ces robes folles sont l'emblème 
De ton esprit bariolé ; 
Folle dont je suis affolé, 
Je te hais autant que je t'aime !

Quelquefois dans un beau jardin 
Où je traînais mon atonie, 
J'ai senti, comme une ironie, 
Le soleil déchirer mon sein ;

Et le printemps et la verdure 
Ont tant humilié mon coeur, 
Que j'ai puni sur une fleur 
L'insolence de la Nature.

Ainsi je voudrais, une nuit, 
Quand l'heure des voluptés sonne, 
Vers les trésors de ta personne, 
Comme un lâche, ramper sans bruit,

Pour châtier ta chair joyeuse, 
Pour meurtrir ton sein pardonné, 
Et faire à ton flanc étonné 
Une blessure large et creuse,

Et, vertigineuse douceur ! 
A travers ces lèvres nouvelles, 
Plus éclatantes et plus belles, 
T'infuser mon venin, ma soeur !