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poésie 146LECTURES

Acmé et Septimius

Pressant contre son sein Acmé, ses amours, Septimius lui disait : « Ô mon Acmé ! si je ne t’aime éperdument, si je cesse de t’aimer jusqu’à mon dernier soupir autant qu’un amant peut adorer sa maîtresse, puissé-je errer seul et sans défense dans la Libye, dans l’Inde brûlante, exposé à la rencontre des lions dévorants ! » Il dit ; et l’amour, jusqu’alors contraire à ses vœux, applaudit à son serment.
Alors Acmé, la tête mollement inclinée, et pressant de ses lèvres de rose les yeux ivres d’amour de Septimius : « Cher Septimius, ô ma vie ! s’il est vrai, dit-elle, que le feu qui brûle dans mes veines est plus fort, plus ardent que le tien ; ne servons jusqu’à la mort qu’un seul maître, et que ce soit l’amour ». Elle dit ; et l’amour, longtemps contraire à ses vœux, applaudit à cette résolution.
Maintenant, unis sous des auspices si favorables, toujours aimant, toujours aimés, le tendre Septimius préfère son Acmé à tous les trésors de la Syrie et de la Bretagne ; et la fidèle Acmé trouve dans son Septimius toute sa félicité, tout plaisir. Vit-on jamais couple plus heureux, plus comblé des faveurs de Vénus ?