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poésie 105LECTURES

À Calvus Licinius

Si je ne t’aimais plus que mes yeux, aimable Calvus, pour prix d’un pareil présent je te haïrais plus qu’on ne peut haïr un Vatinius. Qu’ai-je fait, moi, qu’ai-je dit, pour que tu m’assassines de tant de mauvais poètes ? Que les dieux accablent de tout leur courroux celui de tes clients qui t’envoya tant d’ouvrages maudits. Si, comme je le soupçonne, c’est Sylla le grammairien qui t’a fait ce cadeau, aussi neuf que piquant, je ne m’en plains pas ; je me félicite, au contraire, je me réjouis de voir tes travaux si bien payés ! Grands dieux ! quel horrible, quel exécrable fatras tu as envoyé à ton pauvre Catulle, pour le faire mourir d’ennui dans un aussi beau jour que celui des Saturnales ! Mauvais plaisant, tu n’en seras pas quitte à si bon marché ; car demain, dès qu’il fera jour, je cours bouleverser les échoppes des libraires : œuvres de Césius, d’Aquinius, de Suffenus, je fais collection de toutes ces drogues poétiques, et je te rends supplice pour supplice. Et vous, détalez au plus vite de mon logis, retournez chez le bouquiniste, d’où vous êtes venus à la malheure, fléaux du siècle, détestables poètes !