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poésie 86LECTURES

À Montmerte

Malgré que j’ soye un roturier,
Le dernier des fils d’un Poirier
D’ la ru’ Berthe,
Depuis les temps les plus anciens,
Nous habitons, moi-z-et les miens,
À Montmerte.

L’an mil-huit-cent-soixante et dix,
Mon papa qu’adorait l’ trois six
Et la verte,
Est mort à quarante et sept ans,
C’ qui fait qu’i r’pose d’puis longtemps,
À Montmerte.

Deux ou trois ans après je fis
C’ qui peut s’app’ler, pour un bon fils,
Eun rud’ perte :
Un soir, su’ l’ boul’vard Rochechouart,
Ma pauv’ maman se laissait choir,
À Montmerte.

Je n’ fus pas très heureux depuis,
J’ai bien souvent passé mes nuits,
Sans couverte,
Et ben souvent, quand j’avais faim,
J’ai pas toujours mangé du pain,
À Montmerte.

Mais on était chouette, en c’ temps-là,
On n’ sacrécœurait pas sur la
Butt’ déserte,
Ej’ faisais la cour à Nini,
Nini qui voulait fair’ son nid,
À Montmerte.

Un soir d’automne à c’ qu’i’ paraît,
Pendant qu’ la vieill’ butte r’tirait,
Sa robe verte,
Nous nous épousions, dans les foins,
Sans mair’, sans noce et sans témoin,
À Montmerte.

Depuis nous avons des marmots :
Des p’tits jumell’s, des p’tits jumeaux
Qui f’ront, certes,
Des p’tits Poirier qui grandiront,
Qui produiront et qui mourront,
À Montmerte.

Malgré que j’ soye un roturier,
Le dernier des fils d’un Poirier
D’ la ru’ Berthe,
Depuis les temps les plus anciens,
Nous habitons, moi-z-et les miens,
À Montmerte.