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poésie 125LECTURES

À la Villette

Il n’avait pas encor’ vingt ans,
I’ connaissait pas ses parents,
On l’app’lait Toto Laripette,
À la Villette.

Il était un peu sans façon,
Mais c’était un joli garçon :
C’était l’pus beau, c’était l’pus chouette,
À la Villette.

Il était pas c’qu’y a d’mieux d’mis,
Il avait pas des beaux habits,
I’ s’ rattrappait su’ sa casquette,
À la Villette.

Il avait deux p’tits yeux d’souris,
Il avait deux p’tits favoris,
Surmontés d’eun’ fin’ rouflaquette,
À la Villette.

Yen avait pas deux comm’ lui pour
Vous parler d’sentiment, d’amour ;
Yavait qu’lui pour vous fair’ risette,
À la Villette.

Il avait un gros chien d’bouvier
Qu’avait eun’ gross’ gueul’ de terrier,
On peut pas avoir eun’ levrette,
À la Villette.

Quand i’ m’avait foutu des coups,
I’ m’demandait pardon, à g’noux,
I m’app’lait sa p’tit’ gigolette,
À la Villette.

De son métier i’ faisait rien,
Dans l’jour i’ baladait son chien,
La nuit i’ rinçait la cuvette,
À la Villette.

I’ f’sait l’ lit qu’i’ défaisait pas,
Mais l’soir, quand je r’tirais mon bas,
C’était lui qui comptait la galette,
À la Villette.

Quéqu’ fois, quand j’ faisais les boul’vards,
I’ dégringolait les pochards
Avec le p’tit homme à Toinette,
À la Villette.

I’ m’aimait autant que j’ l’aimais,
Nous nous aurions quitté jamais
Si la police était pas faite,
À la Villette.

Y a des nuits oùsque les sergots
Les ramass’nt, comme des escargots,
D’la ru’ d’ Flanche à la Chopinette,
À la Villette.

Qu’on m’prenn’ grand ou p’tit, rouge ou brun,
On peut pas en conserver un :
I’ s’en vont tous à la Roquette
À la Villette.

La dernièr’ fois que je l’ai vu,
Il avait l’ torse à moitié nu,
Et le cou pris dans la lunette,
À la Roquette.