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Ô mon esprit, au sein des cieux

STROPHE I

Ô mon esprit, au sein des cieux,
Loin de tes noirs chagrins une ardente allégresse
Te transporte au banquet des dieux ;
Lorsque ta haine vengeresse,
Rallumée à l’aspect et du meurtre et du sang,
Ouvre de ton carquois l’inépuisable flanc.
De là vole aux méchants ta flèche redoutée,
D’un fiel vertueux humectée ;
Qu’au défaut de la foudre, esclave du plus fort,
Sur tous ces pontifes du crime,
Par qui la France, aveugle et stupide victime,
Palpite et se débat contre une longue mort,
Lance ta fureur magnanime.


ANTI-STROPHE I

Tu crois, d’un éternel flambeau,
Éclairant les forfaits d’une horde ennemie,
Défendre à la nuit du tombeau
D’ensevelir leur infamie.
Déjà tu penses voir, des bouts de l’Univers,
Sur la foi de ma lyre, au nom de ces pervers,
Frémir l’horreur publique ; et d’honneur et de gloire
Fleurir ma tombe et ta mémoire:
Comme autrefois tes Grecs accouraient à des jeux,
Quand l’amoureux fleuve d’Élide
Eut de traîtres punis vu triompher Alcide ;
Ou quand l’arc Pithien d’un reptile fougueux
Eut purgé les champs de Phocide.


ÉPODE I

Vain espoir ! inutile soin !
Ramper est des humains l’ambition commune ;
C’est leur plaisir, c’est leur besoin.
Voir, fatigue leurs yeux ; juger, les importune ;
Ils laissent juger la fortune,
Qui fait juste celui qu’elle fait tout-puissant.
Ce n’est point la vertu, c’est la seule victoire
Qui donne et l’honneur et la gloire.
Teint du sang des vaincus tout glaive est innocent.


STROPHE II

Que tant d’opprimés expirants
Aillent aux cieux réveiller le supplice ;
Que sur ces monstres dévorants
Son bras d’airain s’appesantisse ;
Qu’ils tombent ; à l’instant vois-tu leurs noms flétris,
Par leur peuple vénal leurs cadavres meurtris,
Et pour jamais transmise à la publique ivresse
Ta louange avec leur bassesse.
Mais si Mars est pour eux, leurs vertus, leurs bienfaits
Sont bénis de la terre entière.
Tout s’obscurcit auprès de la splendeur guerrière ;
Elle éblouit les yeux, et sur les noirs forfaits
Etend un voile de lumière.


ANTI-STROPHE II

Dès lors l’étranger étonné
Se tait avec respect devant leur sceptre immense ;
Leur peuple à leurs pieds enchaîné,
Vantant jusques à leur clémence,
Nous voue à la risée, à l’opprobre, aux tourments ;
Nous, de la vertu libre indomptables amans.
Humains, lâche troupeau !... Mais qu’importent au sage
Votre blâme, votre suffrage,
Votre encens, vos poignards, et de flux en reflux
Vos passions précipitées ?
Il nous faut tous mourir. A sa vie ajoutées,
Au prix du déshonneur, quelques heures de plus
Lui sembleraient trop achetées.


ÉPODE II

Lui, grands dieux ! courtisan menteur,
De sa raison céleste abandonner le faîte,
Pour descendre â votre hauteur !
En lui-même affermi, comme l’antique athlète,
Sur le sol où son pied s’arrête ;
Il reste inébranlable à tout effort mortel ;
Et laisse avec dédain ce vulgaire imbécile,
Toujours turbulent et servile,
Flotter de maître en maître et d’autel en autel.