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nouvelle 243LECTURES

Jaqueline et Miraut

Jacqueline et Miraut sont de vieux amis. Jacqueline est une petite fille et Miraut est un gros chien. Ils sont du même monde, ils sont tous deux rustiques ; de là leur intimité profonde. Depuis quand se connaissent-ils ? Ils ne savent plus : cela passe la mémoire d’un chien et celle d’une petite fille. D’ailleurs ils n’ont pas besoin de le savoir ; ils n’ont ni envie ni besoin de rien savoir. Ils ont seulement l’idée qu’ils se connaissent depuis très longtemps, depuis le commencement des choses, car ils n’imaginent ni l’un ni l’autre que l’univers ait existé avant eux. Le monde, tel qu’ils le conçoivent, est jeune, simple et naïf comme eux. Jacqueline y voit Miraut et Miraut y voit Jacqueline tout au beau milieu.
Miraut est beaucoup plus grand et plus fort que Jacqueline. En posant ses pattes de devant sur les épaules de l’enfant, il la domine de la tête et du poitrail. Il pourrait l’avaler en trois bouchées ; mais il sait, il sent qu’une force habite en elle et que, pour petite qu’elle est, elle est précieuse. Il l’admire ; il l’aime. Il la lèche par sympathie. Jacqueline l’aime parce qu’il est fort et qu’il est bon. Elle a pour lui un sentiment de respect. Elle observe qu’il connaît beaucoup de secrets qu’elle ignore et que l’obscur génie de la terre est en lui. Elle le voit énorme, grave et doux. Elle le vénère comme, sous un autre ciel, dans les temps anciens, les hommes vénéraient des dieux agrestes et velus.
Mais voici que tout à coup elle est surprise, inquiète, étonnée : elle a vu son vieux génie de la terre, son dieu velu, Miraut, attaché par une longue laisse à un arbre, au bord du puits. Elle contemple, elle hésite. Miraut la regarde de son bel œil honnête et patient. Ne sachant pas qu’il est un génie de la terre et un dieu couvert de poils, il garde sans colère sa chaîne et son collier. Mais Jacqueline n’ose avancer. Elle ne peut comprendre que son divin et mystérieux ami soit captif, et une vague tristesse emplit sa petite âme.