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Feuilles mortes

Voici l’automne. Le vent qui souffle dans les bois fait tournoyer les feuilles mortes. Les châtaigniers sont déjà dépouillés et dressent dans l’air leur noir squelette. Voici que tombent les feuilles des hêtres et des charmes. Les bouleaux et les trembles sont devenus des arbres d’or, et seul un grand chêne garde encore sa verte couronne.
La matinée est fraîche ; un vent aigre agite le ciel gris et rougit les doigts des petits enfants. Pierre, Babet et Jeannot vont ramasser les feuilles mortes, les feuilles qui naguère, du temps qu’elles vivaient, étaient pleines de rosée et de chants d’oiseaux et qui maintenant couvrent par milliers le sol de leurs petits cadavres desséchés. Mortes, elles sentent bon. Elles serviront de litière à Riquette, la chèvre, et à Roussette, la vache. Pierre a pris sa hotte ; c’est un petit homme. Babet a pris son sac ; c’est une petite femme. Jeannot les suit avec la brouette.
Ils ont descendu la côte en courant. A l’orée du bois ils ont rencontré les autres enfants du village, qui viennent aussi faire provision de feuilles mortes pour l’hiver. Ce n’est point un jeu : c’est un travail.
Mais ne croyez pas que ces enfants soient tristes parce qu’ils travaillent. Le travail est sérieux : il n’est pas triste. Bien souvent on l’imite pour jouer et les amusements des enfants reproduisent, la plupart du temps, les ouvrages des grandes personnes.
Voilà les enfants à l’œuvre. Les garçons font leur tâche en silence. C’est qu’ils sont déjà des paysans et que les paysans parlent peu. Il n’en est pas de même des paysannes. Nos petites filles font marcher leur langue tout en remplissant les paniers et les sacs.
Cependant le soleil qui monte réchauffe doucement la campagne. Des toits du hameau s’élèvent des fumées légères comme des haleines. Les enfants savent ce que disent ces fumées. Elles disent que la soupe aux pois cuit dans la marmite. Encore une brassée de feuilles mortes et les petits ouvriers prendront la route du village. La montée est rude. Courbés sous le sac ou penchés sur la brouette, ils ont chaud et la sueur leur monte au front. Pierre, Babet et Jeannot s’arrêtent pour souffler.
Mais la pensée de la soupe aux pois soutient leur courage. Poussant et soufflant, ils arrivent enfin. Leur mère, qui les attend sur le pas de la porte, leur crie : « Allons, les enfants, la soupe est trempée. »
Nos amis la trouveront excellente. Il n’est si bonne soupe que celle qu’on a gagnée.