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poésie 195LECTURES

Le raffiné

Un fendant, un raffiné.
Poésies de Scarron.

« Mes crocs aiguisés en pointe ressemblent à la queue de la tarasque, mon linge est aussi blanc qu’une nappe de cabaret, et mon pourpoint n’est pas plus vieux que les tapisseries de la couronne.
» S’imaginerait-on jamais, à voir ma pimpante dégaine, que la faim, logée dans mon ventre, y tire – la bourrèle ! – une corde qui m’étrangle comme un pendu !
» Ah ! si de cette fenêtre, où grésille une lumière, était seulement tombée dans la corne de mon feutre une mauviette rôtie au lieu de cette fleur fanée !
» La place Royale est ce soir, aux falots, claire comme une chapelle ! – Gare la litière ! – Fraîche limonade ! – Macarons de Naples ! – Or ça, petit, que je goûte avec le doigt ta truite à la sauce ! Drôle ! il manque des épices dans ton poisson d’avril.
» N’est-ce pas la Marion Delorme au bras du duc de Longueville ? Trois bichons la suivent en jappant. Elle a de beaux diamants dans les yeux, la jeune courtisane ! – Il a de beaux rubis sur le nez, le vieux courtisan ! »
Et le raffiné se panadait le poing sur sa hanche, coudoyant les promeneurs et souriant aux promeneuses. Il n’avait pas de quoi dîner ; il acheta un bouquet de violettes.