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poésie 251LECTURES

Le marquis d'Aroca

Mets-toi voleur de grand chemin, tu gagneras ta vie.
Calderon.

Qui n’aime, aux jours de la canicule dans les bois, lorsque les geais criards se disputent la ramée et l’ombre, un lit de mousse et la feuille à l’envers du chêne ?

*

Les deux larrons bâillèrent, demandant l’heure au bohémien qui les poussait du pied comme des pourceaux.
« Debout ! répondit celui-ci, debout ! Il est l’heure de décamper. Le marquis d’Aroca flaire notre piste avec six alguazils.
– Qui ? le marquis d’Aroca, dont j’ai escamoté la montre à la procession des révérends pères dominicains de Santillane ! dit l’un.
– Le marquis d’Aroca, dont j’ai enfourché la mule à la foire de Salamanque ! dit l’autre.
– Lui-même, répliqua le gitano ; hâtons-nous de gagner le couvent des trappistes pour nous y cacher une neuvaine sous le froc !
– Halte-là ! un moment ! rendez-moi d’abord ma montre et ma mule ! »
C’était le marquis d’Aroca, à la tête de ses six alguazils, lequel écartait d’une main le feuillage blanc des noisetiers, et de l’autre signait au front les brigands de la pointe de son épée.