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poésie 83LECTURES

La tour de Nesle

Il y avait à la tour de Nesle un corps-de-garde auquel se logeait le guet pendant la nuit.
Brantome.

« Valet de trèfle ! – Dame de pique ! de gagne ! » Et le soudard qui perdait envoya d’un coup de poing sur la table son enjeu au plancher.
Mais alors messire Hugues, le prévôt, cracha dans un brasier de fer avec la grimace d’un cagou qui a avalé une araignée en mangeant sa soupe.
– « Pouah ! les chaircuitiers échaudent-ils leurs cochons à minuit ? Ventre dieu ! c’est un bateau de feurre qui brûle en Seine ! »

*

L’incendie qui n’était d’abord qu’un innocent follet égaré dans les brouillards de la rivière, fut bientôt un diable à quatre tirant le canon et force arquebusades au fil de l’eau.
Une foule innombrable de turlupins, de béquillards, de gueux de nuit accourus sur la grève, dansaient des gigues devant la spirale de flamme et de fumée.
Et rougeoyaient face à face la tour de Nesle, d’où le guet sortit l’escopette sur l’épaule, et la tour du Louvre, d’où, par une fenêtre, le roi et la reine voyaient tout sans être vus.