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La sérénade

La nuit, tous les chats sont gris.
Proverbe populaire.

Un luth, une guitaronne et un hautbois. Symphonie discordante et ridicule. Mme Laure à son balcon, derrière une jalousie. Point de lanternes dans la rue, point de lumières aux fenêtres. La lune encornée.

*

– « Est-ce vous, d’Espignac ? – Hélas ! non. – C’est donc toi, mon petit Fleur-d’Amande ? – Ni l’un ni l’autre. – Comment ! encore vous, Monsieur de la Tournelle ? Bonsoir ! cherchez minuit à quatorze heures ! »
Les musiciens dans leur cape. – « Monsieur le conseiller en sera pour un rhume. – Mais le galant n’a donc pas frayeur du mari ? – Eh ! le mari est aux Îles. »
Cependant que chuchotait-on ensemble ? – « Cent louis par mois. – Charmant ! – Un carrosse avec deux heiduques. – Superbe ! – Un hôtel dans le quartier des princes ! – Magnifique ! – Et mon cœur fourré d’amour ! – Oh ! la jolie pantoufle à mon pied ! »
Les musiciens toujours dans leur cape. – « J’entends rire Mme Laure. – La cruelle s’humanise. – Oui-dà ! l’art d’Orphœus attendrissait les tigres dans les temps fabuleux ! »
Mme Laure. – « Approchez, mon mignon, que je vous glisse ma clef au nœud d’un ruban ! » Et la perruque de M. le conseiller se mouilla d’une rosée que ne distillaient pas les étoiles. – « Ohé ! Gueudespin, cria la maligne femelle en fermant le balcon, empoignez-moi un fouet, et courez vite essuyer Monsieur ! »