Temps de lecture
1
min
poésie 90LECTURES

La citadelle de Wolgast

– Où allez-vous ? qui êtes-vous ?
– Je suis porteur d’une lettre pour le lord général.
Woodstock. – Walter Scott.

Comme elle est calme et majestueuse la citadelle blanche, sur l’Oder, tandis que de toutes ses embrasures les canons aboient contre la ville et le camp, et les couleuvrines dardent en sifflant leurs langues sur les eaux couleur de cuivre.
Les soldats du roi de Prusse sont maîtres de Wolgast, de ses faubourgs et de l’une et de l’autre rive du fleuve ; mais l’aigle à deux têtes de l’empereur d’Allemagne berce encore ses ailerons dans les plis du drapeau de la citadelle.
Tout à coup, avec la nuit, la citadelle éteint ses soixante bouches à feu. Des torches s’allument dans les casemates, courent sur les bastions, illuminent les tours et les eaux, et une trompette gémit dans les créneaux comme la trompette du jugement.
Cependant la poterne de fer s’ouvre, un soldat s’élance dans une barque et rame vers le camp ; il aborde : « Le capitaine Beaudoin, dit-il, a été tué ; nous demandons qu’on nous permette d’envoyer son corps à sa femme qui habite Oderberg sur la frontière ; lorsqu’il y aura trois jours que le corps voguera sur l’eau, nous signerons la capitulation. »
Le lendemain, à midi, sortit de la triple enceinte de pieux qui hérisse la citadelle une barque, longue comme un cercueil, que la ville et la citadelle saluèrent de sept coups de canon.
Les cloches de la ville étaient en branle, on était accouru à ce triste spectacle de tous les villages voisins, et les ailes des moulins à vent demeuraient immobiles sur les collines qui bordent l’Oder.