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poésie 238LECTURES

La cellule

L’Espagne, pays classique des imbroglios, des coups de stylet, des sérénades et des autodafés.
Extrait d’une Revue littéraire.

. . . . . . . Et je n’entendrai plus
Les verrous se fermer sur l’éternel reclus.
Alfred de Vigny. – La Prison.

Les moines tondus se promènent là-bas, silencieux et méditatifs, un rosaire à la main, et mesurent lentement de piliers en piliers, de tombes en tombes, le pavé du cloître, qu’habite un faible écho.
Toi, sont-ce là de tes loisirs, jeune reclus qui, seul dans ta cellule, t’amuses à tracer des figures diaboliques sur les pages blanches de ton livre d’oraisons, et à farder d’une ocre impie les joues osseuses de cette tête de mort ?
Il n’a pas oublié, le jeune reclus, que sa mère est une gitana, que son père est un chef de voleurs ; et il aimerait mieux entendre, au point du jour, la trompette sonner le boute-selle pour monter à cheval, que la cloche tinter matines pour courir à l’église !
Il n’a pas oublié qu’il a dansé le boléro sous les rochers de la sierre de Grenade avec une brune aux boucles d’oreilles d’argent, aux castagnettes d’ivoire ; et il aimerait mieux faire l’amour dans le camp des bohémiens que prier Dieu dans le couvent.
Une échelle a été tressée en secret de la paille du grabat ; deux barreaux ont été sciés sans bruit par la lime sourde ; et du couvent à la sierra de Grenade, il y a moins loin que de l’enfer au paradis.
Aussitôt que la nuit aura clos tous les yeux, endormi tous les soupçons, le jeune reclus rallumera sa lampe et s’échappera de sa cellule à pas furtifs, un tromblon sous sa robe.