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poésie 177LECTURES

À un bibliophile

Mes enfants, il n’y a plus de chevaliers que dans les livres.
Conte d’une grand’mère à ses petits enfants.

Pourquoi restaurer les histoires vermoulues et poudreuses du moyen-âge, lorsque la chevalerie s’en est allée pour toujours, accompagnée des concerts de ses ménestrels, des enchantements de ses fées et de la gloire de ses preux ?
Qu’importent à ce siècle incrédule nos merveilleuses légendes : saint Georges rompant une lance contre Charles VII au tournoi de Luçon, le Paraclet descendant à la vue de tous sur le concile de Trente assemblé, et le Juif errant abordant près de la cité de Langres l’évêque Gotzelin, pour lui raconter la passion de Notre-Seigneur.
Les trois sciences du chevalier sont aujourd’hui méprisées. Nul n’est plus curieux d’apprendre quel âge a le gerfaut qu’on chaperonne, de quelles pièces le bâtard écartèle son écu, et à quelle heure de la nuit Mars entre en conjonction avec Vénus.
Toute tradition de guerre et d’amour s’oublie, et mes fabels n’auraient pas même le sort de la complainte de Geneviève de Brabant, dont le colporteur d’images ne sait plus le commencement et n’a jamais su la fin.