La Mi-Carême

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Poète, romancier, célèbre père du personnage d'Ubu, Alfred Jarry, personnalité excentrique, côtoie le Paris intellectuel. C'est dans son ouvrage Gestes et opinions du docteur Faustroll  [+]

La Mi-Carême a ramené les confetti. Des personnes folâtres s’en sont jeté des poignées ; des personnes folâtres encore – nous entendons les savants – les ont coupés en quatre ou en quatre mille, prétextant le désir de les épucer de leurs microbes. Le confetti, paraît-il, est, dès la fabrique, contaminé. Tout le monde se souvient d’avoir vu, au spectacle des Latins, M. Fara, dit Alleluia, expirer misérablement, intoxiqué par des confetti. Nous nous permettons de recommander un « paraconfetti » efficace, qu’il est facile de se procurer – précieuse coïncidence – en temps de carnaval : le masque de carton. Il n’a aucun rapport avec les masques spéciaux employés à Nice contre les dragées de plâtre ; il est d’autant plus remarquable qu’il existe, sans utilité apparente ou reconnue. Il n’a existé, depuis les masques antiques et les faux-visages du Moyen-Age, que dans l’espoir que les confetti seraient inventés un jour. Bernardin de Saint-Pierre aurait pu modifier ainsi l’une de ses définitions : Si le melon s’obstine à avoir des tranches, il finira par se faire manger en famille... De même, nul doute que le scaphandre – dont nous nous trouvons bien, personnellement, pour affronter les exubérances populaires – ne rencontre enfin aujourd’hui seulement la fin à quoi il était destiné : protéger nos yeux, notre œsophage et nos voies respiratoires contre les rondelles de papier. L’analogie indique, de même que le masque a précédé les confetti, qu’il est plausible et même probable que le scaphandre a été inventé, sinon avant l’eau, en tous cas loin de la mer. Le véritable inventeur, l’homme de génie, c’est celui qui eut le premier – Franc-Nohain sans doute – l’idée, revêtu d’un scaphandre, de se précipiter dans les flots.
Les quelques contribuables non scaphandriers aspirent à la disparition des confetti. La hâter est au pouvoir de l’Église : que n’interdit-elle aux fidèles de s’exposer à avaler au milieu du carême, ces bouts de papier, gras de la sueur du peuple ?
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