Temps de lecture
1
min
citations/pensées 171LECTURES

De quelques animaux nuisibles : le volant

Le guano est un bel oiseau.
Mark Twain
Le volant est un oiseau, remarquable par les pennes blanches, ou quelquefois de couleurs alternées, de sa queue, laquelle est de forme tronconique. Il offre un curieux exemple de transformisme, l’animal s’étant adapté aux engins primitivement créés pour sa capture, et les engins s’étant pareillement adaptés à l’animal. L’un ne peut plus se passer des autres. Ce qui devait servir à sa destruction l’a préservé. De tous temps, on a chassé les ramiers au moyen de filets tendus verticalement entre des arbres ou des mâts : il existe encore à Bagnères, près des Pyrénées, des palombières. Le volant a depuis tant de siècles donné de la tête dans les filets que les filets se sont mieux tendus, pour résister, et que sa tête s’est peu à peu atrophiée, durcie et renfoncée jusqu’à la naissance de la queue. Cette tête dure en est arrivée à rebondir sur les mailles sans dommage pour l’animal, lequel s’est même accoutumé à profiter du rebondissement – qui était à l’origine volontaire et le geste réflexe de sa fuite – et à ne plus connaître d’autre procédé de locomotion. Par ce non-usage de ses organes locomoteurs, le volant a perdu une grande partie de sa force musculaire ; en outre, comme il ne se déplaçait plus que par rebondissement – un peu à la manière de l’écureuil volant – il eût été d’un trop miraculeux hasard qu’un vol nombreux de volants eût été repoussé en même temps, avec un élan égal et dans la même direction, par les filets. Les passages collectifs des volants, comme on observe encore des migrations en commun de ramiers, ont disparu ; et par une conséquence naturelle, le grand filet, la palombière, s’est atrophié jusqu’à s’adapter aux dimensions d’un volant seul. L’animal et l’engin de sa capture sont le plus souvent, à l’époque actuelle, dans un état de torpeur curieuse ; mais si on les met en contact réciproque, tous deux s’animent et cette résurrection n’est pas un phénomène plus étrange que le réveil de certaines bactéries desséchées auxquelles on fournit de l’eau. Ce qui, cependant, doit attirer l’attention du naturaliste, ce sont certains écarts imprévus, à n’en pas douter spontanés, du volatile pour échapper au filet : il y a là certainement une reviviscence atavique, et peut-être un retour à des instincts sauvages.