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Copulativement parlant

Population, c’est bien ; repopulation, c’est mieux.
La population désigne le tas de gens – desquels une bonne partie peuvent être de révoltantes bourriques – qui grouillent sur le sol de notre belle patrie.
La repopulation est une opération par laquelle on en double le nombre.
Le maire s’est sanglé de son écharpe tricolore et a dit, dans son patois légal :
« Allez, Madame et Monsieur. »
Notez que, des trois couleurs de l’écharpe, le bleu, voué à la Vierge, est une allusion discrète à la candeur de l’épousée ; le rouge symbolise l’ardeur sauvage et guerrière du marié. Le blanc est là, occasionnellement, pour rappeler qu’il y a certains choux, ripolinés ainsi, à éviter.
Ce n’est pas sous ceux-là qu’on trouve les enfants.
Les enfants se trouvent dessous un maire.



Au commandement : « Allez, Madame et Monsieur » de même que certains duellistes y prendraient un prétexte à rompre incontinent, Madame et Monsieur se précipitent, avec ensemble, dans un wagon et désertent le territoire de notre belle patrie citée plus haut.
« La trépidation excitante des trains... »
Sans doute ; mais comment, alors, faisaient Adam et Ève ?
Il est vrai que, troussés en cueilleurs de pommes, ils grimpaient aux arbres.
Ceci soulève un grave problème de droit.
L’arbre, pommier ou autre, fût-ce l’arbre de la liberté, est encore territoire de la belle patrie, car le sol appartient au propriétaire, comme on n’est point censé l’ignorer et comme le formule en d’assez bizarres termes, la loi, jusqu’au ciel : usque ad cœlum.
Donc, au cas où Ève aurait conçu son premier enfant au sommet d’un pommier, ce qui a répandu le bruit que nos premiers parents, grimpeurs, étaient singes, – ledit enfant devait, bien légitimement, être inscrit à l’état civil du Paradis terrestre.
Nous n’agiterons point la question de savoir, à propos de pommes, si l’enfant conçu après boire une bouteille de cidre est normand, où qu’on transporte la bouteille.
Le pommier du Paradis était la voie du Seigneur.
Nous avons bien des ascenseurs.
Constatons que quatre-vingt-dix-neuf sur cent de nos enfants sont élaborés sur les voies ferrées.


Horreur des horreurs du voyage de noces ! Voilà des petits Français qui sont tous nés, qui à Gênes, qui à Florence, qui à Berlin, qui à Yokohama, qui entre deux de ces stations.
Car le moment de la conception n’est-il pas la date de la vraie naissance ?
En revanche – et revanche est le mot auquel se complaît notre chauvinisme – les petits enfants confectionnés au delà de nos frontières, en Alsace-Lorraine, à Yokohama, Florence, Gênes et autres lieux, sont, pour la plupart, articles de Paris.
Ce sont nos petits enfants qui, en 1870, nous infligèrent la Tatouille.
Il y a des gens qui se font blanchir à Londres.
La France se fait repopuler à l’étranger.
Voilà de bon patriotisme importateur.



La manière de faire des enfants est assez connue.
Qu’on n’attende donc point de nous un petit traité technique et vulgarisateur sur ce sujet. Glissons légèrement.


M. Piot a dit :
« La repopulation, ça va ronfler. »
Boileau a dit :
« Vingt fois sur le métier... »
Que si vingt fois paraissent trop aux âmes économes, alors qu’elles se contentent d’une, mais que ce soit la bonne.
D’ailleurs, Boileau était incompétent en la matière : Abstème, comme son nom l’indique, et d’autre part, écrit-il lui-même, « très peu voluptueux ».
Des gens prennent pour devise, et se répètent à voix haute, à l’instant psychologique :
« Il faut que ça pète ou que ça casse. »
« Ça » et « ça », il va sans dire qu’ils « les » désignent en propres termes.



Il faut tout de même, dût notre pudeur en souffrir, que nous citions une des manières les plus à la mode de faire des enfants :
On se met membre d’une ligue repopulatrice – nous disons membre – et on crie à tout bout de champ ou à tout coin de rue : « Croissez et multipliez ! »
Quelle image !


À propos d’images, pourquoi ces mêmes moralistes repopulateurs interdisent-ils la vente des petites brochures illustrées propres à exciter à la repopulation ?



Les célibataires, vu leurs loisirs, car ils n’ont point le souci d’un ménage, sont plus que tous autres désignés pour la besogne de repopulation.
On peut hardiment affirmer que presque tous – nous disons : presque, pour ménager quelques hautes susceptibilités – presque tous les enfants en circulation sont issus des œuvres du célibat.



Il y a des célibataires vertueux qui s’abstiennent et qui usent de ce « restraint moral » de Malthus, en vente chez tous les bons fabricants de pneumatiques.
On connaît le cas de ce père de famille, qui n’était point encore père, mais aspirait à l’être, lequel fit en sorte que la mère de ses futurs enfants se rencontrât, à des fins repopulatrices, avec un célibataire militaire.
Il est entièrement faux que le militaire soit capable de réaliser aucun enfant mâle, du moins. Mais il usurpe le prestige de l’uniforme.
Celui-là garda trop son uniforme.
Il répondit, « après» , au mari :
« Vous savez, moi, avec une femme que je ne connais pas, je garde toujours mon restraint moral ».
Il prononça : tunique, parce qu’on portait la tenue d’été.