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poésie 115LECTURES

Consolation

La neige tapissait la terre
Et frangeait le toit des maisons ;
Au coin de l’âtre, solitaire,
Je regardais mes froids tisons.

Bientôt une douce parole
M’arrache à mon accablement…
« Viens ! disait-on, car je console
Des regrets, de l’isolement. »

Une femme jeune et rieuse
S’accoudait à mon vieux fauteuil :
La ravissante visiteuse,
Sans bruit, avait franchi le seuil.

« Ami, dans tes jours de souffrance,
Des ennuis je te guérirai.
A l’heure où s’en va l’espérance,
Vite, appelle-moi : je viendrai ! »

« Mais qui donc ici m’encourage,
Quand je ne sais que devenir ? »
« Je suis la compagne du sage :
A ma voix il croit rajeunir. »

« Le bon sourire de ta mère,
Tes jours d’illusion, de foi,
Et tous ceux qui t’aimaient naguère,
Tu les reverras, grâce à moi ! »

« Les rêves de l’adolescence,
Le parfum du premier amour,
Avec les fêtes de l’enfance,
Reviendront vers toi tour à tour.»

« Bien loin des ronces de la vie,
Je te conduirai par la main ;
Nous suivrons la route fleurie,
Car je choisirai le chemin ! »

« Adieu l’hiver et la vieillesse !
Le printemps te sourit là-bas :
Un chaud rayon déjà caresse
Le thyrse embaumé des lilas… »

« Quel est ton nom, bel ange rose
Qui parles de si doux plaisirs ? »
« Je suis, pauvre vieillard morose,
L’ange des riants souvenirs. »