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 Suspense

Vue sur terrasse 

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J’aime te regarder. J’aime cette légère hésitation avant de choisir une table, les mouvements fluides de ta robe en lin, la délicatesse avec laquelle tu fais signe au serveur.

Même si l’heure du déjeuner approche, la terrasse n’est pas encore bondée ; aujourd’hui, tu es arrivée avec un peu d’avance. Le chauffeur t’a déposée, est allé garer la voiture un peu plus loin et vient de s’installer en retrait. Lui aussi t’observe, sans en avoir l’air.

Ton amie ne va pas tarder, fidèle à ce rendez-vous du vendredi. Je bénis ces habitudes imprudentes qui me permettent de te retrouver plus facilement. Pas d’impatience dans ton attente. Une autre de tes qualités. Tu laisses le temps s’écouler avec sérénité, à l’ombre du grand platane.

Le vent dérange une mèche de tes cheveux. Tu secoues la tête dans un geste gracieux et te tournes dans ma direction ; je retiens mon souffle, imagine bêtement que tu vas m’apercevoir et me sourire.
Mais je ne suis pas de ceux que l’on remarque, mon existence est grise et sans consistance. Je le regrette parfois en songeant à ce qu’aurait été ma vie aux côtés d’une femme comme toi. Mais je ne suis pas de ce monde-là.

On t’apporte un verre de vin blanc. Je vois tes lèvres s’entrouvrir, goûter le cépage et frémir.
J’aime te regarder. Tu as une façon de bouger qui trouble les hommes. J’en serais presque jaloux.

Ton mari doit être terriblement riche et influent pour qu’il y ait un tel contrat sur ta jolie personne. Qu’importe les raisons. Il faut maintenant appuyer sur la gâchette et te rayer de la liste de mes rêves.

Le souffle perturbe l’atmosphère puis s’éteint dans une attente furtive, le temps que l’on prenne conscience du drame. Puis la terrasse se met à bouillonner. Tes lunettes de soleil sont à terre, piétinées par un client affolé. Ça m’agace. Je n’aime pas le gâchis.
Je rajuste les miennes, referme le sac et m’éloigne rapidement.