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Une rose fanée Fleiia

EN COMPET'
ÉTÉ 2012
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Lorsque je me suis réveillée ce matin, lorsque j'ai ouvert mes paupières alourdies par les larmes de la veille, je n'ai pas compris. Les rayons du soleil caressaient mon dos nu qui s'était échappé de ces draps pourpres. Le lit était frais.

Trop frais.

Tu venais de rentrer avec un bouquet de fleurs colorées que tu avais pris soin de cueillir dans le jardin de la voisine. La trentaine ne suffisait pas à t'assagir, un adolescent dans l'âme, tu ne pouvais t'empêcher de défier la morale. Ton sourire, tellement simple et gracieux était contagieux. Ton regard, tendre, malicieux, suffisait à me rendre heureuse. Tu étais mon tout.
Je m'étais jetée dans tes bras avant même que tu aies déboutonné ta veste. J'enfonçais ma bouche au creux de ton cou pour t'embrasser comme une enfant excitée, tout en inspirant l'odeur de ta peau, légère et frivole, un peu comme une brise matinale au printemps. J'étais là, les pieds dans les airs, accrochée par une force invisible à mon prince, mon trésor, ma perle; nous étions là.
Mon téléphone posé sur la table de la cuisine s'était brusquement mit à sonner, mais je ne l'entendais pas. Non, je ne pouvais entendre que le bruit de la passion que tu m'inspirais.

Trop froid.

Le silence. Mon coeur qui s'affolait, ma peau qui brûlait. Mon souffle s'accèlérait, mes yeux s'embrumaient. Ton regard, vide. Détruit. Fou de rage. Impuissant. Desespéré.
S'en venait les cris, ton poing contre la porte de la chambre, comme une onde de choc illustrant notre monde tel qu'il l'était à ce moment là. Ton monde. Nous deux, une illusion? Un vaste mirage dévastateur comme le fruit d'une incurable tumeur cérébrale? Le mal était invisible, mais il était bien là, réel, enfoui sous de vastes sentiments dignes d'une naïve euphorie. Je ne voulais pas. Je n'avais pas choisi. Non. Si. J'ai choisi, j'ai fait le choix de douter de nous, de notre sincérité, de notre fiabilité, oui, c'est bien vrai, et alors quoi? Dix années sans personne d'autre que toi, des disputes et ton absence, nos différences. Oui, c'est vrai que j'avais fait mon choix, je voulais répondre à une question qui m'était devenue invivable, qui me torturait jours et nuits, qui nourissait ma folie sans limites. Je ne savais pas. J'ai sû.
J'ai cru que cela demeurerait une rose fânée dans mon jardin secret. Une rose. Une belle rose aux cheveux ondulés et aux lèvres sucrées. Une rose aux courbes généreuses, un péché interdit. Une rose fânée. Fânée. Une rose fânée.
Pourquoi avait-elle appelé, aprés trois années? Je n'en savais rien, je n'avais même pas eu le temps de décrocher que toi même tu l'avais fait. Alors c'était ça, je m'étais fait prendre à mon propre jeu, trahie par ma seule mise en scène.
Pour mes yeux étoilés, c'était devenue une évidence toi et moi, toi, mon opposé. Toi, l'homme. Toi la fougue, la protection, la sûreté, l'insolance, l'innoncence, l'excès.

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Mon amour, je t'aime!

Je me souviens. Je me souviens pourquoi ce lit n'est plus réchauffé par ton corps, je me souviens pourquoi j'ai si mal au coeur que j'ai l'impression que ça ne se soignera jamais. Je nous ai trahis. Je t'ai trahi, toi. Et j'ai mal. J'ai si mal là, dans ce lit qui porte la couleur de la passion et de la pureté, j'ai tellement mal d'y être, coinçée ici, seule. Je ne peux plus bouger, je ne peux plus respirer, je ne peux plus penser. Je ne sais plus si c'est possible d'aller mieux un jour alors que je suis consciente que c'est moi qui ai tout fichu par terre. C'est moi qui ai brisé le diamant en mille éclats.

Glacial.

Je pourrais me servir de ces brisures pour m'entailler la chair jusqu'à ne plus rien ressentir. Voilà une belle solution. Belle, mais indigne, sale. Non. Je vais me baisser à hauteur du plancher, je vais prendre entre mes doigts chacun de ces précieux morceaux et les assembler. Je ferais de mon mieux, j'utiliserai la plus grande des finesses qui soit pour cela, de sorte à laisser le moins de traces possible. Il en restera sûrement, mais je ne veux pas rester les bras croisés une nouvelle fois juste en pensant très fort que les choses sont faites comme je voudrais qu'elles le soient, je ne vais pas non plus baisser les bras, non. Je vais me battre, sans relâche, comme une forcenée. Je vais survivre à cela, je vais survivre avec toi, car ce lit, tu vois, ce lit là, n'est pas fait pour moi. Non, ce lit, est fait pour l'amour, et l'amour, l'amour... L'amour n'existe pas sans toi.

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