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 Romance

Une perle rare 

Alain Chenoz

Alain Chenoz

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Au premier coup d'œil je l'avais trop facilement cataloguée... Je pensais qu'il me suffirait de tendre la main pour la cueillir, d'en jouir avec volupté, puis de l'abandonner sans remords, comme toutes ses devancières, un bonheur furtif, intense certes, mais dont la fugacité passagère me laissait toujours une envie de large au fond de la bouche. Mon appétit en ce domaine était insatiable et je passais de l'une à l'autre sans aucun regrets, sitôt consommée, sitôt abandonnée.

Ses prometteuses formes galbées attirant irrésistiblement mon regard, je pensais assez trivialement, j'en conviens, que j'allais avoir une ouverture et que ce serait sans nul doute assez facile. Elle, comme toutes les autres précédemment, céderait en un tour de main ; faut dire que je pratiquais cet exercice depuis mon adolescence et je possédais donc une certaine expérience dans ce domaine.

Mais, elle était un brin rétive.

Si je n'avais connu aucun problème pour la ramener chez moi, maintenant, face à face dans la cuisine, elle se montrait réfractaire à mes avances. J'avais beau tourner le problème dans tous les sens, il s'avérait bien délicat. Je la manipulais tantôt avec affection, voire avec une certaine tendresse, je fis même preuve d'empressement, sans plus de réussite, elle demeurait repliée sur elle même, quasiment inébranlable.

Mais j'en avais dressées des plus rebelles !

Le tête à tête allait bientôt commencer, je cherchais à la surface de son joli corps nacré un espace qui m'autoriserais une percée, le doigt fureteur, l'ongle indiscret, la phalange fouineuse, les outils ne me manquaient pas et la toute nouvelle situation m'excitait terriblement.

Plus elle se fermait, plus mon désir montait.

C'est là que je me résolus à aller chercher l'outil adapté, il était enfoui au fond d'un tiroir, faut dire que je ne m'en servais qu'une ou deux fois par an. L'accessoire que tout amateur de gourmandise se doit de posséder mais dont le spécifique usage en restreint la pratique... Mais avec elle, et j'en avais soudain conscience, il nous serait indispensable.

La forme oblongue, parfaitement adaptée de cet organe, si précieux auxiliaire remplit très rapidement sa fonction. Ce seyant attribut délicatement introduit dans la fente jadis impénétrable, agité avec parcimonie puis de plus en plus frénétiquement, fit bâiller la belle offrant à mon regard concupiscent une perspective bien alléchante.

Mes papilles étaient en émoi, l'écartement, lent et inexorable, laissant entrevoir de savoureux trésors que ma langue avait hâte de déguster. L'incursion exploratrice provoqua également chez ma partenaire un ruissellement qui me mit en joie... Nous allions pouvoir enfin consommer.

Emporté par mon excitation, brusquant soudain mes gestes, voulant impétueux arriver plus vite à mes fins, je fis le geste de trop.

La paume ensanglantée sous le robinet de la salle de bain, je compris soudain qu'il aurait mieux valu écouter l'écailler qui m'avait aimablement proposé de les ouvrir...