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 Société Instant de vie

Une frange trop courte, c'est moche 

MarieBongars

MarieBongars

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Et voilà, j’avais encore raté ma frange. Même pour cela, je n’étais pas douée.

Il y avait des épis.
Elle n’était pas régulière.
Elle était trop épaisse.

Mais surtout, elle était bien trop courte.
Comme ma jupe.

J’avais quarante-cinq ans, il aurait fallu que je porte des vêtements plus classiques. Des tailleurs, des chemises, des petits foulards Hermès. Mais j’espérais toujours qu’avec mes jupes sexy j’arriverais à trouver plus facilement l’homme de ma vie.
Mais ce n’est pas à quarante-cinq ans, des rides au coin des yeux, que j’allais réussir à le trouver. Ne parlons même pas de le conquérir.

Et surtout pas avec cette frange trop courte.

Je me regardais dans la glace, mes ciseaux à la main et ma frange trop courte.
Je suis nulle, à chaque fois mon coiffeur me dit que je peux passer entre deux rendez-vous pour qu’il me la retouche rapidement.
Mais je n’ose jamais. Je suis trop timide, pas assez confiante. J’ai toujours peur de déranger.

Peut-être que si je la coupe un peu plus court, ça sera mieux.
Je m’exécute.
C’est encore pire.

Une frange trop courte, c’est vraiment moche.

De plus, elle va mettre du temps à repousser.
C’est pas avec cette tête que je vais avoir une promotion. Les chefs sont toujours belles et bien habillées. Pas en jupe et frange trop courtes.

La dernière fois, avec mes collègues de travail, nous nous étions moqués de la « grosse Solange », qui en plus de faire du 46, avait raté sa permanente. Elle ressemblait à Polnareff.

Demain, c’est sûr, ils vont tous se moquer de ma frange, autour du café.

— Vous avez vu la frange de Myriam ?
— Oui, c’est complètement raté !
— Et puis, ce ne sont pas ses tenues aguichantes qui vont faire oublier ça…
— Elle aurait pas pris du poids, d’ailleurs ?
— Tu crois ?? Ou sinon, elle est enceinte !!
— Mais non, IMPOSSIBLE, il paraît qu’elle a pas couché depuis cinq ans !
— Ha, ha, ha, ha, ha !
— …

Ils se tairaient lorsque j’entrerais dans la salle de pause. Il y aurait un silence gêné, un silence de pitié.

Je me regardais toujours dans la glace, mes ciseaux à la main. Je me disais que je ne pourrais pas supporter ces moqueries, cette humiliation.
Non, ce n’était pas possible.

J’ai tenu fermement ma paire de ciseaux entre le pouce et l’index.
Je me suis crevé les yeux.
Comme ça, ils ne pourraient pas se moquer de moi.

Se moquer d’une aveugle, c’est très impoli.