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Un jour nouveau Fenicottero

EN COMPET'
ÉTÉ 2012
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Dès années. Des années qu'il n'avait rien dit, qu'il était resté sage. Tous les matins, il s'était levé à l'heure où se croisent les couche-tard et les lève-tôt, à l'heure où les rues sont remplies de gens avec des couettes derrières les oreilles, des oreillers dans les poches. Tous les matins il s'était collé à ses semblables qui ne lui ressemblaient pas, dans les entrailles peu hospitalières du métro parisien. Il s'était laissé bousculer, il s'était serré à droite pour laisser monter ceux qui courraient pour arriver plus vite sur le quai, où ils attendraient le métro qui les emporterait à tombeau ouvert, les portes fermées. Tous les matins, il avait cherché dans ses poches le sacro-saint titre de transport qui lui ouvrait d'un même coup la porte du métro, celle de la réussite et celle de Saint Cloud. Sans vraiment savoir pourquoi, il se sentait fier de connaître précisément son itinéraire, de savoir dans quelle rame il devait entrer, dans quel escalier il pourrait marcher plus tranquillement, sans se faire piétiner par les hordes de porte cravate. Il baissait les yeux quand on le regardait, il se taisait quand on parlait, il éternuait même sans faire de bruit. Il s'était parfaitement adapté à son milieu, si bien que les portes automatiques ne le repéraient plus, se refermant parfois lourdement sur lui.
Alors, comme tous les jours, Serge Trilloux se leva avant son réveil, bu son café en caleçon dans le salon, posa sa tasse dans l'évier, et parti. En attendant son métro, alors qu'il était tout occupé à ne penser à rien, un enfant le bouscula, jouant à la guerre avec son petit frère. Serge se remit en position initiale, ne regarda pas l'enfant, et continua de contempler ses pieds. Cependant, comme s'il était devenu indépendant, son œil droit se décrocha de ses chaussures qui furent un jour vernies, et suivit l'enfant. L'ainé montrait à son frère la paume de sa main, pleine à ras-bord de friandises aussi variées que déconseillées par l’orthodontie moderne. Serge vit ses deux pieds effectuer une rotation habile à quatre-vingt-dix degrés, et se diriger tranquillement vers l'enfant que son œil ne quittait pas de l'oeil. Une fois face à l'enfant, Serge tentant vainement de dicter à ses pieds la conduite à avoir, vît sa main sortir de sa poche, et aller taper énergiquement sous la main de l'enfant. Ce fût une magnifique pluie multicolore qui s'éleva dans l'air gris avant de retomber entre les pieds gris des portes cravates qui les entouraient. Alors que le hurlement tragique des deux frères se faisait entendre, Serge avait déjà rejoins les escaliers qui s'engouffraient vers la ligne 4. Ça bouillonnait dans sa tête. Il n'avait pas su contrôler son corps, il n'avait pas pu empêcher sa main de commettre cet acte certainement condamnable par l'ensemble de la communauté internationale. Mon Dieu, quel pied !
Puis il courût vers l'immense escalator qui emportait la foule au RER. Il le descendit quatre à quatre, et le fait de l'avoir emprunté en sens inverse l’obligea à courir plus vite encore. Tout en bousculant avec allégresse les mines grisâtres qui observaient sans réagir cet homme, hilare, qui leur fonçait droit dessus, Serge tentait de se

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calmer, mais en vain.
Arrivé au pied de l'escalator où s’entassaient les corps trop lent de ceux qui n'avaient pas sût l'éviter, il s'engouffra dans le premier train à quai. Ce n'était vraiment pas la bonne direction pour se rendre au travail. Vraiment pas. Une fois le train en marche, Serge déposa un pied sur le fauteuil grisâtre le plus proche, et tout en fredonnant la marseillaise, entama ce qui devait rester le plus beau strip-tease de sa vie. Une fois sa joyeuse bedaine mise à nul, il fixa dans les yeux une femme âgée qui tremblait à la vue de ce spectacle magnifique. Alors, sensuellement, il jouât avec ses tétons, hululant comme un hiboux en parade amoureuse. Puis, le train entrant en gare, il sortit en enfilant son pull, sachant bien que le lourd silence qui l'entourait n'était autre qu'une salve d'applaudissement.
Il s'arrêta ensuite devant le comptoir à ticket, et prit sa place dans la file d'attente. Comprenant bien que l'employé de la RATP avait terriblement besoin de distraction, il entama un morceau de percutions sur ses joues, s'approchant progressivement des oreilles de l'usager qui attendait devant lui. Alors que celui-ci se retournait lentement pour le féliciter, Serge préféra s'éloigner, connaissant bien tous les méfaits de la célébrité.
Puis il sortit de sous la terre, et se retrouva dans une rue splendide et ensoleillée qu'il ne connaissait pas. Voyant bien à son regard provocateur que le conducteur d'une voiture voulait tenter sa chance dans une course effrénée, Serge se mit en position de starting-block, aux côté de la voiture, et resta de marbre jusqu'au passage au vert. Là, il s'élança comme un guépard, bondit littéralement sur ses pieds, et gagna haut la main. Son concurrent, trop impressionné par ses aptitudes physiques, avait préféré rester l'air hébété, en plein milieu du boulevard.
Puis, voyant que le soleil commençait à jouer à cache-cache avec les immeubles, Serge y jouât lui aussi un instant, mais gagna trop vite pour éprouver du plaisir. Alors, sifflotant, il rentra jusqu'à chez lui, non sans avoir joué à un-deux-trois-soleil avec une bande de joyeux drilles qui n'attendaient que ça devant une boulangerie.

Il ouvrit la porte de son appartement, saisit sa femme par le cou, l'embrassa comme au premier jour, la trainât dans le couloir qui menait à leur chambre, où il lui fît l'amour si bien qu'elle en parle encore. Puis, il se laissa tomber sur le dos et dit :

« Demain je n'irais pas au travail. Putain, qu'est ce que c'est bon d'être vivant ! »

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