Titou Y Paty

Participant
Grand Prix Printemps 2013

Ce matin, lorsque nous avons actionné la commande du portail électrique et que ce dernier a commencé à s’entrouvir, grincements habituels en fond sonore, tu n’es pas sorti comme à l’accoutumé de ta cave, les oreilles dressées, les sens en alerte avec ce battement frénétique de la queue indiquant que tu avais reconnu le bruit de la voiture.
Tu n’es pas venu flairer les roues et le bas de nos pantalons ; tu n’as pas jeté un œil inquisiteur dans le coffre ou les sacs de commissions.
Tu n’as pas attendu, assis sur tes fesses, l’autorisation de passer le pas de la porte pour rejoindre, à pas de course, le canapé du salon et plonger avec délices le bout de ta truffe dans l’amas de coussins.
Ce jour, tu n’es pas apparu, au bruit des fourchettes raclant les assiettes, dans l’embrasure de la porte de la cuisine pour découvrir ce que nous avions gardé pour toi.
Et puis, tu ne m’as pas enjoint, d’un trépignement répété, à te rejoindre sur ce même canapé pour faire, tous deux, notre sieste quotidienne. C’était, depuis la retraite, notre instant privilégié à l’instar de chaque soir ces moments de tendresse échangés avec ta maitresse, ces galipounettes durant lesquelles les quatre pattes en l’air et le cou largement étiré tu quémandais bisous et caresses.
Aujourd’hui tu ne m’as pas accompagné jusqu’au poulailler où les oies Jojo et Josette nous accueillaient avec forces cris tonitruants. Tu n’as pas humé les effluves des lapins de garenne que tu ne pouvais plus courser dans le parc. Tu n’a pas trottiné vers le figuier et la boutasse que tu rejoignais les derniers temps avec moult halètements et déhanchements désordonnés de ton train arrière perclus de rhumatismes.
Tu ne t’es pas couché, dans l’herbe, prés du pommier, ta robe noire et feu flamboyant dans les rayons du soleil.
Depuis que je t’avais découvert cette nuit là, râlant sur le carrelage du rez de chaussée, tu avais gagné le droit, ces derniers jours, de coucher à l’étage, dans notre chambre, au pied du lit, une libéralité dont tu ne profitais auparavant qu’uniquement les nuits d’orage.
Je devais porter ta lourde carcasse que tu ne maitrisais plus correctement.
La nuit dernière fut terrible pour toi comme pour nous, avec ces heures interminables durant lesquelles nous ne pouvions qu’assister au déclin irrémédiable de ton intégrité physique.
Qu’était ce le plus terrible ?
Tes mâchoires crispées, bordées d’écume de douleur, broyant un ennemi sournois et invisible ou bien tes quatre pattes s’agitant frénétiquement et désespérément?
Au petit matin, le créateur t’a octroyé un répit en allégeant tes souffrances, le temps que tu reconnaisses de nouveau nos voix, le temps de confier la fin de ton chemin aux bons soins du praticien que nous ne finissions plus de rencontrer pour tenter de t’apporter un réconfort incertain.
Le liquide rougeâtre de la seringue a mis un terme à la palpitation d’un cœur sans doute très éprouvé qui avait tant battu pour nous
Le mois même de tes douze ans, tu viens de nous quitter et tu nous manques terriblement, toi, Roc, qui nous a donné tant de bonheur, ce bonheur que nous espérons t’avoir aussi apporté, toi, le sans domicile du refuge dans lequel pour la première fois tu as léché la main de ta maitresse.
Adieu Titou ; c’était aussi le nom que nous te donnions ; adieu, nous ne doutons pas que tu trouves ta place au paradis des bons toutous.

Le prix est terminé mais vous pouvez continuer à aimer.
Signaler un abus

à découvrir
du même auteur

TRÈS TRÈS COURTS
45 lectures 2 votes

Elle sentait contre son ventre le poids de son genou qui tentait de forcer ses cuisses serrées frénétiquement. Les dents serrées pour ne pas hurler, elle tentait ... [+]

Participant
Grand Prix Printemps 2013

à découvrir
de la même thématique

POÈMES
717 lectures 57 votes

« Étudiants, ouvriers, artistesÉcrivains, savants, paysansIls sont tous sur la même liste,Jetés aux frontières du néant. »Jean-Pax Méfret ... [+]

Lauréat
Grand Prix Été 2013

à découvrir
au hasard

TRÈS TRÈS COURTS
536 lectures 60 votes

J’ai un secret. Je vais quitter mon mari.Oui, c’est un secret. Je ne l’ai dit à personne ! Surtout pas à lui ! J’ai déjà essayé de le quitter, mais quand je lui dis que j’en ai assez, ... [+]

Lauréat
Grand Prix Été 2014

Quelque chose à ajouter ?

comments powered by Disqus