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 Suspense

Sur une plage 

Marianne

Marianne

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Ciel d’orage, l’océan Atlantique est déchaîné.
Dès le début de l’après midi, le drapeau rouge a été hissé.
Depuis longtemps, les baigneurs, avec tout leur attirail, ont quitté la plage.
Il y a bien quelques ados qui s’amusent à se laisser pousser par le vent puis à remonter face à lui.
Face à ce vent qui couvre leurs hurlements de joie.
Des touristes, bien à l’abri dans les cafés face à l’océan, s’extasient sur la hauteur des vagues, l’écume qui déferle et observent, un peu intrigués, cette silhouette en jaune, sur la plage.

C’est un homme en ciré qui arpente la plage, secouant la tête avec véhémence.
Tous les dix pas, il sort son téléphone et le consulte fébrilement.
Il se demande pourquoi il a dit « oui » hier soir, pourquoi il a cédé à la demande des deux jeunes moniteurs, pourquoi il les a autorisés à partir en mer ce matin.
Ils ont filé avant son lever.
Il se sent niais d’avoir gobé leur mensonge de météo qui allait vers le beau, sans vérifier.
« Promis, on fera juste du cabotage le long de la côte, pas loin, juste vers la pointe du Salec. On va essayer le dériveur que tu viens de racheter. On peut bien se prendre une demi-journée de congé avant l’arrivée du premier groupe de stagiaires ! »

L’anxiété le fait grimacer, il se flanquerait des claques, mais même cela ne l’apaiserait pas.
En boucle tourne dans sa tête : qu’est ce que je vais dire à leurs parents ?
Maintenant ses mains se font suppliantes : mon Dieu protège-les, guide-les vers le port le plus proche...
Pour la dixième fois il consulte son portable, toujours aussi silencieux.
Que ces crétins appellent, qu’ils lui demandent de les récupérer même à l’autre bout du département !
Son appel à la capitainerie de la pointe de Salec n’a rien donné.
On devine qu’il essaye de s’apaiser, par de grandes respirations.
Ils n’ont plus dix ans, ça fait des années qu’ils font des régates, ils connaissent les règles de sécurité, ils ont dû trouver un abri pour se replier.

Mais dans ce cas, pourquoi ne répondent-ils pas à ses nombreux messages, appels, SMS, mails ?
De nouveau il s’agite et la colère monte maintenant : le savon qu’il va leur passer quand ils vont rentrer...
Puis de nouveau : et s’ils ne revenaient pas ?
Abattu, il s’assoie sur le toboggan déserté.
Il suit des yeux l’hélicoptère qui fait la navette pour la troisième fois vers la pointe du Salec, quand son téléphone sonne.
« Secours en mer, vous avez signalé la disparition d’un voilier de l’école des Moussaillons ?
— Oui, avez-vous repéré quelque chose ?
— Non, désolé, on a ratissé toute la zone mais aucun voilier en vue. On va arrêter les recherches. On passe le relais à la gendarmerie maritime. »
Des images de naufrage, de parents en colère, de tribunal, de son tout nouveau centre nautique pour enfants fermé...

Son téléphone vibre, un SMS de François !
« Désolé, on est en retard à cause de la tempête.»
Il le rappelle et hurle :
« Mais bon Dieu, vous êtes où ?
— Ne te fâche pas, on est à l’abri, t’as vu cette méga tempête, c’est génial !
— Mais t’es con ou quoi ? Je vous ai imaginés chavirés, noyés.
— Non, fallait pas, je suis désolé. On était juste en rade de batterie. On a laissé les portables en charge pendant qu’on allait au restau.
— Mais vous êtes où ?
— A vol d’oiseau, on est à 500 m du centre nautique ! En fait, on t’a fait un bobard ! Ce matin, on a pris la navette et on est allés sur l’île de l’Atauve. Les parents d’une bonne copine de fac ont loué une maison pour toute la saison.
— Et vous ne pouviez pas me dire la vérité !
— T’aurais dit non ! Vu le temps, les navettes sont suspendues, alors ses parents nous hébergent pour la nuit. T’inquiète, on revient demain et on bossera comme des oufs pour préparer les bateaux et le centre. T’es pas trop fâché ?
— Espèces d’abrutis, irresponsables, je me demande si je peux vous confier des gamins la semaine prochaine ! »
Il revient vers le centre nautique.
Mais quel con je fais, je n’ai même pas vérifié s’ils avaient sorti le voilier !