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Elodie Torrente

Elodie Torrente

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« L'essentiel de la vie sont les êtres que l'on rencontre sur son chemin. » La voix du chroniqueur clamait cette maxime à la radio quand, ce matin-là, une jolie petite brune aux formes généreuses passa pour la première fois la porte à double battants du bus de Mo sur la ligne 135. Elle salua le chauffeur d’une voix à peine audible, lui acheta un billet, le composta puis s’assit derrière lui. Charmé par l’apparition, Mo oublia de déclencher le clignotant de son bus. Il s’en fallut de peu pour qu’un scooter glisse sous ses roues. C’était son jour de chance.

Tous les jours, depuis, la jeune femme s’asseyait derrière Mo et la tête penchée sur un roman, ne levait jamais les yeux jusqu’à sa destination, identique du lundi au vendredi. Plus il la voyait et plus le conducteur succombait. Ce timide sourire, cette mignonne façon de s’asseoir à cette place, sans bruit, en ayant l’air de s’excuser, l’enchantaient. Sa réserve, son goût pour la lecture la rendaient attirante. Et inaccessible pour ce chauffeur de bus solitaire et pusillanime. Au fil du temps, Mo se désespérait de parvenir à l’aborder. Jusqu’à ce joli matin de juillet.

Ce mardi-là, pendant son trajet quotidien, la jeune femme reçut un appel. Pour la première fois, elle leva la tête et, le regard affolé, s’agita sur son siège. « Quoi ? »… « Comment ? »… « Mais vous êtes sûrs ? » furent les bribes de conversation captées par Mo. « J’arrive à Figeac ! », sa dernière phrase avant de raccrocher en larmes. Au prochain arrêt, le chauffeur stoppa son véhicule. « Mesdames et messieurs, le service est terminé. » Tous descendirent, ulcérés. Mo les ignora et retint la jeune femme. « Vous allez à Figeac dans le Lot ? Mon bus aussi ! » L’agent s’étonna lui-même de tant d’audace. Elle le regarda d’une drôle de façon. Serait-il fou ? Elle accepta pourtant. Son fils a disparu de la colonie. Elle doit le retrouver. Quitte à y aller avec cet énergumène un peu fêlé.

Sur le chemin, pour apaiser la jeune femme, il enclenche une playlist de musiques douces puis entraînantes. À l’arrivée, Sybille est détendue et bientôt rassurée. Son fils a été retrouvé à la gare avec son copain Fayçal. Mo n’en croit pas ses yeux. Sans le savoir, son neveu est en vacances dans la même colonie. Grâce à cet heureux hasard, Sybille ne pourra plus douter de lui. Quand il pose son regard sur elle, dans le bus de retour, elle rougit.

Depuis, chaque matin sur la ligne 135, on voit une jeune femme les yeux concentrés sur le chauffeur, le regard énamouré. Quant à Mo, il en est persuadé. L’essentiel de sa vie c’est Sybille rencontrée dans son bus, sur ce chemin détourné dont la ligne était pourtant toute tracée.